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Scène (page 2)
Ecclectisme Dodécaphonique
Où chaque son sera entendu une fois -
[Les textes constituant la présente pièce remontent vraissemblablement aux années 1980-90, et en dépit de nombreuses révisions, ont su garder cette maladresse fougueuse caractéristique des uvres d'adolescence. Entamé comme un manière de carnet intime, le texte prit rapidement son indépendance et trouva son identité, s'affirmant particulièrement par son étonnante structure, signalant d'entrée de jeu l'originalité de la pensée gluckmanienne, et établissant certaines des bases sur lesquelles seront fondées l'uvre entière. La pièce s'articule autour des deux personnages principaux du Figurant et de l'Athlète, manifestement deux facettes contrastées de l'auteur (l'illustration en exergue enlève tout doute à cet egard), meme si au cur de la pièce, l'expression la plus intime revient finalement au personnage de Tuchband. Bien qu'il s'agisse de la seule pièce achevée (et representée, quoique rarement), le recours au théàtral, et à ces personnages en particulier, sera commun dans le reste de l'uvre (on se réferra notamment à la pièce rejetée publiée ici dans les textes annexes).
L'emploi dans le sous-titre de "dodécaphonique" paraît quelque peu gratuit, ou du moins sans autre but que d'affirmer l'influence primordiale de l'uvre de Schnberg et ses disciples sur la création Gluckmanienne. Rien en effet dans la méthode d'écriture ne se refère directement aux techniques de composition dodécaphonique ou serielle, tout au contraire, puisque la structure emprunte à l'une des formes musicales les plus traditionelles en obéissant rigoureusement au schéma de la Forme Sonate classique, les sous-titres de chacun des actes enlevant à ce titre toute ambiguïté: Exposition (avec reprise optionelle) - Développement - Réexposition.
Au delà de ce plan d'ensemble dont l'intention ne laisse pas place au doute, on pourra tenter d'identifier les deux thèmes classiques de la Forme Sonate, analyser leurs interactions et transpositions au travers des trois actes, qui se fondent sur la forme traditionelle tout en s'autorisant de singulières libertés. S'il serait trop long d'analyser ici le jeu complexe des divers thèmes et leur référence aux règles de tonalités de la Forme (pour une discussion détaillée se référer notamment à l'excellent "Kamm : Emprunt aux formes musicales dans le théàtre Gluckmanien"), on offrira tout de même ces quelques repères sommaires:
Selons les principaux analystes (Schopflin, Kamm, Bellan...), le couple Cendryn/Figurant forme le thème principal, le couple Athlète/Tuchband le thème secondaire, les autres personnages étant relégués aux divers éléments transitionnels. En soutien de cette thèse, on remarquera que, lors de la réexposition, le couple Figurant/Cendryn est entièrement remanié en Anglais, rejoint vers la fin de l'acte par la partie de l'Athlète. C'est là une imitation immanquable des jeux de tonalités qui charpentent la forme Sonate, même si on a choisi le parti peu orthodoxe de transposer le thème principal lors de la réexposition, rejoint par le thème secondaire pour une résolution dans une tonalité différente de la tonalité initiale, en rupture donc avec le schéma orthodoxe de la forme. Le passage de l'Athlète à l'Anglais à la fin de l'acte III accomplit également un autre but tout aussi fondamental, en réconciliant l'Athlète et le Figurant (deux principales manifestations de l'auteur) jusqu'à ce qu'ils ne forment plus qu'un.
L'influence transformatrice du développement sur les divers thèmes est tout aussi fondamentale. Comme on le verra plus loin, le développement obéit à une structure symétrique centrée autour de l'étonnante description du figurant, elle-même insérée au sein du "Grand Monologue Brillant" de Tuchband (ce procédé singulier sera d'ailleurs répété en plusieurs autres points de l'uvre). Or ce point culminant affecte profondément le déroulement linguistique de la pièce, et semble plus particulièrement toucher Tuchband et le Figurant qui en sont le centre. Passé ce point en effet, on assiste a une déstructuration progressive mais marquée de leur language, leur discours constamment érodé par l'emploi croissant et excessif de leitmotivs, comme s'ils avaient été tous deux irrémédiablement métamorphosés. (Notons d'ailleurs que le tissu formel de l'ouvrage et son intégration à l'uvre d'ensemble est constamment renforcé par l'emploi d'un tissu intriqué de leitmotivs quasi-wagneriens, procédé unificateur aujourd'hui classique qui, on l'a déjà souligné, court à travers toute l'uvre Gluckmanienne.
C'est par la virtuosité de la construction formelle que la pièce brille d'un éclat tout particulier, même si certains jugeront ce jeu quelque peu forcé. Cela dit, l'attrait de cette analyse ne devrait distraire de l'effet d'ensemble produit par la pièce. On y verra les prémices immanquables du Gluckman Flamboyant, plus particulièrement affirmés dans la remarquable section de développement (Acte II), et peut-être même les germes du Grand Dilettantisme Nihiliste qui marquera les pièces de la maturité. La pièce est certes une uvre de jeunesse qui, en dépit de nombreux remaniements, conserve de sa maladresse et de sa naïveté. Le choix d'ouvrir l'uvre Complète sur un tel ouvrage paraît donc audacieux. On y verra la complaisance iconoclaste à se révéler vulnérable, mettre à nu l'impossibilité d'une création artistique satisfaisante alors que le besoin de créer s'impose comme incontournable, même viscéral. Ceci bien-sûr sera un des fondements de l'uvre entière, affirmé avec plus de violence encore dans les uvres tardives, ou la passion prendra un accent fatal et quasi-messianique. Manifestement une uvre de jeunesse, handicapée par des emprunts évidents et maladroits (à Samuel Beckett et Alban Berg notamment), la pièce ne reçut qu'un support mitigé même des Gluckmaniens les plus farouches. Du reste, rarement portée à la scène, et encore que de façon incomplète, (il faut reconnaître que l'acte II s'éloigne résolument du représentable!), la pièce ne rencontra jamais qu'un succès modeste.
Ce serait pourtant une erreur de sous-estimer l'importance de cette étape dans la démarche qui verra l'établissement du Gluckman Flamboyant comme élément de style, et qui connaîtra son apogée dans le recueil suivant. Déjà ici sont présents l'érosion de la rhétorique Gluckmanienne, la fragmentation excessive et l'autoflagellation constante du discours, conduisant a l'échec apparent de la démarche artistique. Si ce processus est certes moins maîtrisé ici que dans les ouvrages de la maturité, et même si le lecteur pressé préfèrera sans doute passer directement aux volumes suivants, le présent recueil n'en est pas moins digne de toute notre attention.]
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Athlète/Figurant (page 12)
10/5/82
[Cette date ne nous renseigne que de façon incomplète. En effet, on l'a vu, la composition de l'uvre et ses nombreuses révisions s'étendrait en fait sur une période étonnament longue.
À noter aussi dans certaines éditions (Bellan, Ploye), la présence de l'épigraphe "Hereinspatziert in die Menagerie..." ("Entrez dans la ménagerie..."), mots par lesquelles s'ouvre l'opéra Lulu d'Alban Berg, auquel il sera fait de fréquents emprunts, le plus flagrant étant le personnage même de l'Athlète.]
ACTE -- (Exposition)
On ne frappe pas les trois coups.
Les acteurs sont des adolescents, ou même pré-adolescents. À l'exception de l'Athlète qui est légèrement bedonnant, les autres sont pour ainsi dire quelconques.
Lors de la reprise (optionelle), les rôle seront repris par des acteurs âgés, évidemment retraités.
SCÈNE
Une fenètre au milieu, sans mur.
Figurant à la fenètre, costume neutre.
Il regarde au dehors, rêveur.
L'athlète entre par la coulisse gauche, accompagné par un ami, cheveux frisés.
L'ATHLÈTE (au figurant): Ça va?
FIGURANT: Non. je collecte de l'argent pour le Fond International des Prophètes.
L'ATHLÈTE (il rit, se balançant d'une jambe sur l'autre): Ha, toujours cet humour.
FIGURANT (ton sec): En effet.
Entre Cendryn, saluée d'une musique brève (son motif). Costume à pois pour le carnaval. Figurant se penche exagérément à la fenètre.
L'ATHLÈTE: Salut (Il l'embrasse bruyamment). J'ai préparé une histoire, pour te raconter/divertir (Il se met en position, attend le silence. Regard exigeant en coin vers l'audience alors qu'on tousse. Le figurant se penche plus avant). Il y a trois ans (environ) nous n'étions plus des hommes. (Il mime les dinosaures). Trois soleils descendaient d'un mouvement fragile dans nos ciels (ses mains descendent par paliers) pour s'enfler (il gonfle voix et poitrine) et grossir (s'interrompt subitement), mais nous étions accomplis! (Il rit avec effusion. Son ami rit aussi en se cachant sous ses cheveux. Applaudissement poli du public).
Un temps.
L'ATHLÈTE (à Cendryn): Vas-tu rire?
CENDRYN (distraite): Pardon?
L'ATHLÈTE: As-tu aimé?
Un temps.
L'ATHLÈTE: Je... (Large sourire)
Un temps.
L'ATHLÈTE: Tu...
Un temps.
L'ATHLÈTE (cherchant une sortie honorable): On m'attend en bas, (faisant les gros yeux), "Im Local". (Il sort suivi de son ami qui se retourne plusieurs fois).
Un temps.
LE FIGURANT (dégageant ses pieds avec peine): Cendryn, écoute...
Elle n'a pas entendu.
LE FIGURANT (à peine plus fort): Viens, écoute... Cendryn?
CENDRYN (qui jusqu'ici était rigoureusement figée, comme une statue): Vous dites?
LE FIGURANT (encore plus géné): Ici, écoute...
CENDRYN: Où ça?
FIGURANT: À la fenètre.
Tout deux se penchent. On ne voit plus que leurs fesses, pois et rayures.
CENDRYN: Oui, j'entends (Un temps). C'est pas mal. Moderne, mais pas mal...
FIGURANT (plus fort, avec emphase): C'est ma musique. (Un temps. Se sentant légèrement ridicule). Que penses-tu de l'athlète?
CENDRYN: Pas grand chose vraiment.
FIGURANT (se sentant mieux): Je croyais pourtant que tu l'aimerais. Je l'ai fait pour toi...
CENDRYN: Je l'aime. Entre autres. Et toi, où en es-tu?
FIGURANT (soulagé, c'est ce qu'il attendait): C'est-à-dire... Mon problème est que...
CENDRYN (interrompant): Je sors en coulisse, maintenant (Elle sort précipitament).
Le figurant a l'air abbatu. Il enjambe la fenètre, se retourne vers le public, scrute les alentours comme si il avait peur d'être aperçu.
Rideau.
[Lors de certaines représentations, on en finit par remplacer les nombreux mouvements de rideau par de brefs passages au noir, jugés plus efficaces pour la mise en scène.]
SCÈNE
Même décor.
Le figurant encore à la fenètre, cette fois déguisé en super-héros, masque et cape bruyants.
Tuchband, costume joli pour le carnaval, petite robe en cloche.
TUCHBAND: Oh, comme tu es devenu beau!
FIGURANT: N'est-ce pas? Je me sens fort.
TUCHBAND: Mais oui. Fort. J'y crois.
FIGURANT (baissant les yeux sur son costume): Pas moi. C'est peut-être dérisoire.
TUCHBAND (contenant mal son agacement): Mais il faut y croire justement!
FIGURANT: Je pose pour Superman. C'est ridicule.
TUCHBAND (irritée): Arrète!
Un temps.
FIGURANT (ne sachant que dire): J'ai finalement décidé de t'épouser.
TUCHBAND: Ah?
FIGURANT (jouant l'inquiétude): Tu ne refuserais pas, tout de même?
TUCHBAND (amusée): Pourquoi? Et si je refuse?
FIGURANT: Je m'enfermerais une demie-heure en prison environ. Rien de tel que la cellule pour noyer un chagrin d'amour...
TUCHBAND: Belle image.
FIGURANT: Merci, ce n'est pas de moi. (Il cherche dans ses papiers d'où vient la citation).
TUCHBAND: Et ce sera comment?
FIGURANT: Pardon? (Retrouvant le fil). C'est simple. Elle sera le tyran, je serai le peuple qui acclame. Elle sera le dictateur, moi les masses soumises, les pauvres, les... etc. C'est bon?
TUCHBAND: Belle image.
FIGURANT: Ce n'est pas de moi non plus.
Elle rit. Il est flatté.
L'Athlète revient, flanqué encore de son ami, qui cette fois a la tete rasée. On s'observe longuement.
Rideau.
SCÈNE
Nue. Il n'y a plus de fenètre.
Le nuit est tombée.
FIGURANT: Cendryn. Je ne comprends pas toujours ce que tu me dis. Mais cette fois il faut se parler.
CENDRYN: Tiens? Tu as dit ne pas savoir parler.
FIGURANT: Aujourd'hui, je sais... (Un temps, lourd). Écoute. J'ai l'impression d'une trahison. Ici, ailleurs, je voulais être le seul. Le seul, l'unique, le grand, le large. Mais tout ce que j'ai dit, on te l'a déjà dit, il n'y a pas si longtemps. Excuse-moi donc... (perdant de son assurance:) Excuse-moi... (Un temps).
FIGURANT: Cette nuit, je me suis joué cette scène dans la tête. Tu avais l'air horrifiée. Mais maintenant, je ne trouve pas mes mots, et tu es calme. (plus bas) En apparence. (Un temps. Ton saccadé, plus fort): Où es-tu, je dois te parler. (Il ne la voit qu'imparfaitement. Geste désordonné). Je suis un déguisement. C'est vrai. Je me suis déguisé, je suis déguisé maintenant encore. Moi-même je ne sais ce qu'il y a sous le masque. (Il se trouve dos au mur, immobile). Ce que j'ai fait, je croyais que personne ne l'avait fait avant moi. Je suis le Seul. Tu vois, je me prends pour Dieu. Je suis coupable.
Entrent Ottoz et Bertil, en costumes de foire.
FIGURANT (boudeur, vexé de l'interruption): Qui sont ces êtres-la?
CENDRYN (pleine d'anticipation): Tais-toi. Ils sont là pour le spectacle.
Un temps.
FIGURANT: Tu ne te souviens pas?
CENDRYN: Quoi donc?
FIGURANT: Ce que je t'ai dit?
CENDRYN: Tu m'as demandé qui étaient ces gens-là.
FIGURANT: Avant.
CENDRYN: Ils sont là pour le spectacle.
FIGURANT: C'est agaçant.
CENDRYN: Je sais.
Interruption. Ils applaudissent Ottoz et Bertil qui viennent de réussir une pyramide à deux.
Entrent Tuchband et l'Athlète. Ils trouvent rapidement leur marque sur scène, puis s'embrassent bruyamment.
FIGURANT (se cachant derrière Cendryn): Cache-moi vite. Je ne veux pas qu'ils me voient. Elle va me croire stupide.
CENDRYN: Jaloux?
Un temps.
FIGURANT: Oui, jaloux. Cet athlète est un porc. Tous les hommes sont des porcs. Il n'y a que les femmes qui soient dignes de la race humaine. (Un temps. Oubliant la présence du couple). Tu sais, toi et moi, nous sommes d'une race supérieure. À peine humains je veux dire. Nous tenons les destinées entre nos mains. Moi, la mienne, toi...
CENDRYN (avec force): Tais-toi!
FIGURANT (d'un ton mièvre, rêveur): Dans le fond, je suis plus fort que cet athlète imbécile. J'ai un jardin secret, moi, que je n'ouvre qu'à ma fantaisie. J'aimerais que Tuchband me connaisse. Je seul sais ce que je pourrais lui offrir.
CENDRYN: Ah? Et qu'y a-t-il dans ton jardin?
Le Figurant baisse la tete.
Entre le commandeur.
LE COMMANDEUR (proclamant, à la salle): Excusez-moi. Je dois interrompre le spectacle. Il faut me couper les cheveux. (Se tournant vers Ottoz et Bertil). Ottoz! Bertil! (Il ne parvient pas à claquer des doigts, finit par taper du pied et claquer la langue, produisant un bruit ploumide et mouillé).
OTTOZ, BERTIL: Herr Hauptmann!
Ils installent le commandeur sur une chaise de coiffeur, lui passent une serviette autour du cou.
LE COMMANDEUR (étouffant): Trop serré! (ils relâchent) Mieux... (voix lente, les caressant) Là, là, c'est bien...
TUCHBAND (se défait de l'étreinte de l'athlète, s'addresse au figurant): À propos de cheveux, j'ai toujours ceux que tu m'as donnés. À Menton, une ville peinarde et de merde, lors de vacances bourgeoises, sur la côte...
Le Figurant effectue un saut de poisson. Silence géné.
Tuchband retourne aux bras de l'athlète.
Long silence.
L'ATHLÈTE (se dégageant à son tour): Écoutez, écoutez tous! (il lève les bras, comme addressant un auditoire) Puisqu'il n'y a plus de spectacle, je serais, moi, moi, le spectacle!
Le commandeur approuve de la tête, mais Ottoz et Bertil le maintiennent immobile.
TUCHBAND (enthousiaste): Oh Oui! Oui oui! Oh! (Elle tape des mains).
LE COMMANDEUR (Voix traînante, repoussant doucement Ottoz et Bertil): Allez-y, jeune homme, faites, faites. Au moins, comme ça, vous n'embrasserez plus avec ces bruits si humides. Pah! (À Ottoz et Bertil qui ont maintenant sorti le shampooing, mousse surabondante). Calmez donc, vous autres. Gentil, gentil...
OTTOZ, BERTIL: Jawohl!
L'Athlète prend fermement pied, occupant le milieu de scène. Il attend le silence complet, le nez levé, regard exigeant au public, comme précédemment. Attention soutenue de Tuchband et du Commandeur.
LE FIGURANT (À Cendryn, à voix basse): Tu sais, la nuit, je rêve d'elle, je suis près d'elle, près d'elle, nous sommes ensemble, tout est beau, est beau, de nouveau, je me sens contre elle, contre elle (Un temps). Ça me fait tout de même du mal de la voir avec lui.
CENDRYN: Je sais.
LE FIGURANT: C'est bon de te dire. Il me fallait, comment dire, un témoin, une trace historique, comment dire. C'est que je ne veux rien en perdre, surtout.
TUCHBAND: Enfin, chut, enfin, allez-vous vous taire? Comment peut-on se concentrer si vous chuchotez en permanence? (Le commandeur approuve de la tête).
L'Athlète les remercie du regard.
Pendant que le rideau tombe, on le voit mimant un chasseur à l'affut. Tuchband et le Commandeur ne perdent pas un de ses gestes.
Rideau.
SCÈNE
L'action se déroule à Venise. Il y a 28 bateaux, un pilotis avec une ligne torsadée affleure de l'eau. Plus loin l'intérieur d'une auberge, surchargée de meubles, au point où on ne s'entend plus. Large foule sur scène, tous rigoureusement immobiles, figés dans l'action. [À la représentation, l'introduction de cette scène a été omise, jusqu'à l'entrée de Tuchband].
OTTOZ, BERTIL (cèdant à la panique): On a perdu le Commandeur. On a perdu le Commandeur. (Ils sautent sur place trois fois, en rythme.)
LE COMMANDEUR (gras, trop éclairé, dans la salle): Je suis pourtant bien là...
OTTOZ, BERTIL (de même): Le Commandeur! Personne n'a donc vu le commandeur? (Ils sautent sur place deux fois, en rythme.)
LE COMMANDEUR: Puisque je suis disparu, autant en accepter le jeu. (Il déploie un parapluie, qui ne lui masque qu'imparfaitement le ventre). Plaisant... (Large sourire satisfait. La lumière le quitte.).
Le Figurant s'appuie sur une armoire. Il joue la fatigue avec trop d'affection. L'armoire s'écarte.
L'ATHLÈTE (lui tapant amicalement le dos): On le retrouvera, le Commandeur. Moi j'irais jusqu'au bout du monde moi.
LE FIGURANT (riant, se balançant d'une jambe sur l'autre, en imitation maladroite de l'athlète): Je m'en fous! Je m'en fous!
Il s'affale sur un pouf placé là par mégarde. La foule quitte rapidement la scène, emmenant les meubles en coulisse. Ne reste plus que le figurant, tellement éclairé qu'on ne parvient plus à distinguer ses traits. Tuchband entre en scène.
FIGURANT (sourire exagéré): Figure-toi que je viens de rêver de toi. J'étais dans une auberge à Venise. Il y avait du monde, Italien. Soudain on annonce que tu as disparu. Ça fait bien rire l'athlète. Il dit: "Elle est en ville, elle s'est perdue. Elle n'a jamais su s'y retrouver, dans le Vaporetto." Mais moi, moi, moi ça me fait de la peine. Je decide donc de partir à ta recherche. Je cours dans Venise en criant ton nom. Longtemps. Enfin je te retrouve. Tu as pleuré. Tu es si heureuse de me voir, même si tu en appelais un autre. Voilà.
TUCHBAND: Très gentil. Très joli.
FIGURANT: Merci, mais ce n'est pas de... (Il se retient à temps. Un temps). Puisque j'ai ton attention, il faut que je te parle.
TUCHBAND: Tu me parles maintenant.
FIGURANT: Oui, mais ce n'est pas satisfaisant.
TUCHBAND: Alors viens, suis moi (Elle a des cheveux noirs).
Ils vont s'asseoir en fond de scène, côte-à-côte.
Silence.
FIGURANT (ne sait par où commencer): Tu as sans doute remarqué ma gaucherie. Je suis étrange, peut-être ridicule. Ça m'écrase, surtout devant toi. J'ai peur de toi, je ne peux pas te parler.
TUCHBAND: Tu me parles maintenant.
FIGURANT: Oui, mais ce n'est pas satisfaisant.
TUCHBAND: Alors viens, suis moi (Elle a des cheveux noirs).
Ils vont s'assoir en fond de scène, cette fois à l'opposé du péristyle, côte-à-côte. La voûte romane les a suivis.
FIGURANT: J'ai même peur que tu me voies (Il attend une réaction qui ne vient pas).
FIGURANT: J'ai un secret pour toi. J'aimerais te confier ce que j'ai fait, à toi seule, comme un cadeau. Je ne peux plus garder cela pour moi.
Elle le regarde, se déshabille, se rhabille.
Rideau.
DIVERTISSEMENT.
La scène est vide. Au choix du metteur en scène, on pourra préfigurer ici la structure en triptyque de l'acte central.
FIGURANT (les bras en croix, bien écartés, debout au milieu d'une structure triangulaire en barres de métal léger. Ton neutre et monocorde. Il récite une ode à la terre, à peine intelligible [au libre choix de l'acteur]).
ATHLÈTE (recroquevillé sur lui-même. Ton exagérément dramatique): Les Chants de la Terre. (Un temps. Il réfléchit). Musique d'Igor Stravinsky. (Un temps. Réfléchit encore): Fiodorovitch...
Un figurant traverse la scène à petits pas.
L'ATHLÈTE (même jeu): Ils étaient trois. Ils étaient nus. Ils ont vu l'assemblée de loin. Ils entendaient même la voix du prètre, réverbérée au micro, mais sans comprendre. Ils se sont approchés, en courant. Leur nudité aveuglait les fidèles. (Il entame une danse lente, les jambes fléchies, sortant bien les couilles). Ils couraient et frappaient au hasard dans la foule. Ils étaient libres. Mais la foule commençait à y prendre goût, femmes et enfants surtout. Le prètre lui-même s'amusait, et marmonnait ses louanges au micro, ponctuées du son angélique de la harpe. Ils étaient nus, entourés de haine. On s'amusa à les asperger d'eau bénite. Cela avança jusqu'à tard dans la soirée, avant qu'on ne se lasse.
Long Silence.
Une fanfare entre. Pantalons rayés, pas cadencé.
SPEAKER (en habit de majorette): Tout se mit à aller trop vite. Ils s'agitent, tout bouge, ils sont seuls, tous. (Les membres de la fanfare abandonnent leurs instruments et vont se placer en fond de scène, dos au public, bien droits, mains croisées derrière le dos). Les choses vont trop vite, sans qu'ils puissent rien contrôler, ils errent sans jamais se voir, se perdent, se retrouvent, se foutent.
VOIX EN COULISSE (trop articulée): Belle image.
Le Speaker, vexé, se place aussi en fond de scène, dos au public, mains croisées derrière le dos.
La lumière baisse.
Rideau.
SCÈNE
Fenètre au milieu, sans mur autour, comme précédemment.
Entre Tuchband2, longs cheveux, même costume exact que Tuchband, mais elle n'a pas toutes ses mains.
TUCHBAND2 (longs cheveux): Je te salue.
FIGURANT (le visage peint en vert/rouge): De même.
Un temps. Le figurant se penche à la fenètre, avec un intérèt mal feint.
TUCHBAND2 (cheveux plus longs): L'année dernière, tu me fis écouter ta musique dans la cour, ici, à travers cette fenètre. Et maintenant, qu'en est-il?
FIGURANT (ne trouvant pas bien sa réplique): L'orchestre, les musiciens, en fait, sont partis, me semble-t-il. Voilà qui est poétique.
TUCHBAND2: Et les dessins que tu m'avais dédicacés?
FIGURANT (visiblement touché): Tu les a donc encore?
TUCHBAND2: Évidemment.
Un temps.
FIGURANT (se tournant vers elle pour la première fois): Je n'y vois plus d'intérèt. Je ne fais plus ça.
TUCHBAND2 (remettant son chapeau): Pourtant, j'aimais cela. Seulement, je n'ai jamais vraiment eu l'occasion de te connaître.
FIGURANT (exagérément passioné): On n'a jamais eu l'occasion de me connaître, c'est ma force! (Se rendant compte qu'il a postilloné, tire la langue. Plus bas.) Seulement voilà: Je me lasse...
TUCHBAND2 (sentencieuse): C'est compréhensible.
Entrent Tuchband et Athlète.
L'ATHLÈTE (plein d'entrain): Nous allons vous interpréter une chanson!
TUCHBAND (réticente): Bébé, pas maintenant...
L'ATHLÈTE (l'ignorant, chante a tue-tête, esquissant une bourrée approximative):
Bonjour ma Cousine,
Bonjour ma Cousine,
On m'a dit que vous m'aimiez,
Est-ce bien la vérité?
TUCHBAND (reprenant, entrainée comme malgré elle, imite la même danse):
Je ne m'en soucie guère,
Je ne m'en soucie guère,
Passez par ici et moi par là...
L'ATHLÈTE, TUCHBAND (bien ensemble):
Au revoir ma cousine,
Et on s'en va...
Ils saluent.
Silence.
L'ATHLÈTE (signes de tristesse, pour la première fois): Vous avez aimé?
FIGURANT (accent allemand): Sehr gut.
L'ATHLÈTE: Pardon?
FIGURANT (beaucoup plus fort): Sehr Gut.
L'ATHLÈTE (encore plus triste): Ne criez pas, voyons.
Un temps.
L'ATHLÈTE (au figurant): Parlez, enfin, quoi, dites quelque chose.
FIGURANT (hautain): Moi?
L'ATHLÈTE (soudainement déchainé): Tu es un monstre d'orgueil. Profondément, tu te crois supérieur à nous tous!
FIGURANT (sûr de son fait): Vraiment!
Un temps. L'athlète se calme, semble abbatu, pendant que le figurant perd visiblement de son assurance.
FIGURANT (osant, timidement, à Tuchband): Que faites-vous donc ensemble?
TUCHBAND: Nous nous distrayons.
L'ATHLÈTE (Sa tristesse l'a quitté. Très animé): C'est que nous préparons une pièce, une sombre histoire, humoristique néanmoins, dans laquelle je jouerais le meurtrier, etc. J'y serais figuré en caleçon, j'en ai pratiqué le squat et le bench press. (On rit de bon cur).
Tuchband et l'Athlète sortent bruyamment, gloussant encore.
TUCHBAND2: Qui est cette femme?
FIGURANT (honteux): Je ne sais pas. C'est la première fois que je la rencontre.
TUCHBAND2 (songeuse): Elle me ressemble, dans un sens. C'est agaçant.
FIGURANT: Moi, les airs de famille...
Rideau.
SCÈNE - ("Prince de Bois")
La fête envahit la scène.
Musique grossière, violente, discordante (idéalement, les scènes de foule parisiennes du troisième acte de Lulu).
Danses.
Éclairage violent, cru. Lumière blanche et sèche.
Entre le figurant.
FIGURANT (aveuglé d'abord par la lumière): Que se passe-t-il?
TUCHBAND: La fête. On danse?
FIGURANT (géné, n'ose toutefois pas refuser): Oui... Je ne sais...
Ils dansent. Gestes lourds et maladroits. Le figurant n'ose pas. Ils s'interrompent.
FIGURANT: C'est que je suis malade, depuis quelque temps, comme si... Excuse-moi. Une autre fois peut-être?
Il se place contre le mur en fond de scène, le corps raide.
Changement de lumière, bien plus contrastée. La scène se déroule soudainement au ralenti. Les acteurs, dansant toujours, bougent avec une excessive lenteur. La musique a fait place à l'introduction du Prince de Bois de Bela Bartok. Un temps long.
CENDRYN (elle aussi au ralenti, rejoint le figurant): Détends-toi. Amuse-toi. Oublie tout. Je t'assure, personne ne t'en voudra, ou te jugera. (Elle l'attire du doigt).
FIGURANT: C'est que... Je ne peux pas.
CENDRYN: Je comprends. Je crois. Mais essaie encore, je t'en prie, essaie.
Le Figurant se promène de long en large, de toute évidence mal à l'aise. Il se dirige finalement vers la porte.
JEUNE FILLE (au figurant): Tu ne vas tout de même pas partir maintenant, ce serait impensable, amuse-toi! (Elle l'invite de la main).
FIGURANT (se dégageant): Je vais faire un tour seulement. Je vous hais. Je me hais. Je vous emmerde.
Il sort. Il crie. On le suit dehors. L'Athlète est sorti aussi, le Figurant ralentit pour se laisser rejoindre. Il pleure avec effusion.
L'ATHLÈTE (tape amical): Ca ne va vraiment donc pas?
FIGURANT: C'est horrible. Je me sentais si mal... Ce monde... (Il sanglote plus fort encore, incapable de parler).
L'ATHLÈTE (même jeu): Il faut que tu ailles voir ces gens, sortes de ta honte. Je suis sûr qu'ils t'apprécient au fond.
LE FIGURANT: Je ne peux pas. (De nouveau interrompu par des larmes trop bruyantes, il tente de se contenir.) Je n'y arriverai pas. (Il pleure de nouveau, encore plus fort.)
L'Athlète sort un mouchoir, puis se mouche bruyamment à sa place.
L'ATHLÈTE: Je comprends ce que tu ressens. Moi même je ne suis pas à mon aise. (Monocorde, rythmé et détachant les syllabes, Sprechgesang:) C'est simple, j'ai deux buts dans la vie environ. Avant tout faire ce qu'il me plaît, être libre libre, m'exprimer par le spectacle, spectacle l'art. Ensuite, plus important encore, aimer, être aimé. En tout cas jamais seul, jamais. Tant que mon uvre ne sera pas realisée je ne saurais trouver le repos. Pourvu que je puisse vivre. Vivre. Vivre enfin. Car là, je survis à peine. J'attends. Attendre. Je suis près de la mort, plus que tu ne crois. Je l'ai tentée deux fois. J'y songe encore. C'est réconfortant. Mais si seulement je pouvais vivre. Oui, ma vie n'est qu'une attente. Attendre dans le vide. Attendre encore, être patient, tenir. Et un jour, tout sera beau, de nouveau, tout sera beau. Beau beau beau. Oh.
Pause. Le Figurant, surpris, en oublie de pleurer.
L'ATHLÈTE (presqu'implorant): C'est que.... C'est sérieux.
LE FIGURANT: Je me demande si tu l'es.
L'ATHLÈTE: Pardon?
LE FIGURANT: Sérieux...
L'ATHLÈTE: Si je suis sérieux?
LE FIGURANT: Oui. (Un temps.)
L'ATHLÈTE (changement de ton): Ne parlons plus de ça. Tuchband refuse de me voir et j'étais faible, voilà tout. Nous sommes officiellement en break. C'est exactement ça: J'étais faible. Je ne sais plus ce que je dis. J'ai besoin de bébé.
LE FIGURANT: Je me tais volontiers.
Rideau
SCÈNE
FIGURANT: Chaque nuit, ils parlent de femmes. Ils se disent qu'ils vont sortir avec telle ou telle, elle est baisable ou pas, etc. Ils ont même parlé de toi. J'ai eu mal.
CENDRYN: Pourquoi me racontes-tu cela?
FIGURANT: J'aimerais que tu vois que je ne suis pas comme eux. (Un temps). Mais c'est un peu ridicule, je vois bien.
CENDRYN: En effet. Je ne sais pas.
FIGURANT: Et dire que toi, tu les fréquentes, alors qu'ils te considèrent comme un objet.
CENDRYN: Là, tu exagères.
FIGURANT: Tu ne les fréquentes pas?
CENDRYN: Si, bien sûr. Tu exagères de croire qu'ils me prennent pour un objet.
FIGURANT: Peut-être, mais c'est plus fort que moi.
L'Athlète entre, déguisé en docteur.
L'ATHLÈTE: Bonjour mes enfants, bonjour mes cousins germains. J'ai peu de temps, le devoir m'appelle. (Moins fort:) Entre nous, une maladie terrible sévit dans la région, moi je m'y attaque, car je n'ai pas peur. (Avec emphase:) Pas peur... (Plus fort, se balançant d'une jambe sur l'autre:) Faites attention, les enfants. Ne prenez pas froid. La maladie est là, grave. Elle vous guette. Elle vous prendra. Et moi, que deviendrai-je quand tout le monde sera parti? Moi, j'irai fleurir vos tombes. (Il sort une fleur de sa poche.) Une fleur, Tuchband? Allez, danse, danse avec moi, cette dernière valse, oui, la dernière, je promets (Il mime la valse, avec un élégance surprenante). Mais je vois que le temps passe et les gens meurent. Excusez mon départ. Ravi d'avoir séjourné parmi vous. (Il les salue en se penchant exagérément en avant, puis sort).
CENDRYN: Il essayait donc d'être drôle?
FIGURANT: Je crois bien.
CENDRYN (pensive): Le pauvre...
FIGURANT (poursuivant son idée): C'est comme Tuchband. Ils la surnomment Toucan pour son gros nez, soi-disant. Mais la plupart coucherait avec elle tout de même. Comment peut-elle donc tomber entre leurs griffes? Moi seul suis pur, ça me fait mal. (Un temps.) Tu la trouves laide, toi?
CENDRYN: Non bien sûr, elle a son charme à elle...
Silence. Ils n'ont plus rien à se dire.
FIGURANT: La voilà. Je préfère disparaître. (Il sort).
Entre Tuchband.
CENDRYN: J'ai entendu que tu quittais l'Athlète.
TUCHBAND (triste): C'est pourtant vrai.
CENDRYN: Je le crois malheureux. Ça ne se voit pas nettement sur lui.
TUCHBAND: Ça ne se voit que trop bien au contraire! En tout cas, ça ne pouvait plus durer. Il me considérait comme un objet. Son objet. Et il me paradait, à tout le monde. Il se vantait. Il voulait bien que nous soyons vus, pour son orgueil. Il se fout de ce que je suis.
CENDRYN: Je ne suis pas si sûre. Mais peu importe.
Rideau.
SCÈNE
Le figurant marche de long en large, bras croisés, tête baissée. Ses pas résonnent.
L'Athlète entre, tenant deux femmes par les hanches. Il est maquillé.
L'ATHLÈTE (au figurant): J'ai un message confidentiel pour toi. (À la femme à sa droite:) Tu es belle (Il l'embrasse bruyamment. Au figurant:) N'est-ce pas mademoiselle?
LE FIGURANT (boudeur): Oh, tu sais, moi je m'en fous. (Il allume une cigarette).
L'ATHLÈTE (à la femme de gauche): Et elle. On la croirait remplie de sable. (Il l'embrasse bruyamment.)
FIGURANT (même jeu): Oh, moi, tu sais, je m'en fous. (Il examine minutieusement sa cigarette).
L'ATHLÈTE: Aujourd'hui, nous étions heureux. Moi en tout cas. (Un temps). Et elles aussi. (Un temps. Il sort un miroir de sa poche, se contemple). C'était satisfaisant. Vraiment satisfaisant. (Un temps. Au figurant:) Oui, je sais, toi, tu t'en fous.
FIGURANT: Je ne disais rien.
Un temps.
L'ATHLÈTE: J'ai parlé de toi à Cendryn.
FIGURANT: Qu'a-t-elle dit?
L'ATHLÈTE (le faisant sursauter): Ha! Tu ne t'en fous pas! Ha!
FIGURANT (dépité): C'est plus fort que moi.
L'ATHLÈTE: C'est une imbécile.
FIGURANT (piqué au vif): Ah, ça, non! Oh, tout de même! Enculé d'Athlète! Vilain! Bouh! Mauvais Athlète!
L'Athlète sort, entraînant les deux femmes. Le figurant dialogue seul. On ne comprend pas bien, il semble qu'il reprend la scène qui vient de se dérouler, mimant les différents personnages, répétant les passages les plus savoureux.
Cendryn entre.
CENDRYN (amusée): Tu parles seul?
FIGURANT: Oui. Ça passe le temps.
Il esquisse un geste vers elle, finalement ne dit rien.
Rideau.
SCÈNE
[Suite aux premières représentations, l'auteur a supprimé des scènes qui suivent les citations directes de Beckett. L'influence est toutefois encore manifeste. D'ailleurs, dans l'édition Bellan, les scènes où figure Kugel, qui sont d'ailleurs absentes de la reexposition (Acte III) même dans le manuscrit, ont été également retirées de l'Acte I.]
Une salle. Des chaises.
Il pleut dehors.
Il pleut dedans aussi (merde).
Au milieu, abrité d'un parapluie, un portrait de Dieu, suspendu à rien.
À gauche, allongé par terre, le commandeur, les yeux dans le vague. Il est trempé mais ne le remarque pas.
Kugel, un acrobate.
L'EMPLOYÉ (escortant Kugel et Figurant): Installez-vous. Votre rendez-vous n'est que dans une heure, (vérifie sa montre), environ.
KUGEL: Merci, mon brave. Tenez. (Il lui tend une fleur). Gardez-tout, mon brave. (L'employé s'incline, se retire cérémonieusement.)
KUGEL (rassemblant ses esprits): Où sommes-nous?
FIGURANT: Tu n'as rien vu?
KUGEL: Non. Je dormais.
FIGURANT: On nous a amenés ici. Je ne sais rien de plus.
Un temps.
KUGEL (sortant une nouvelle fleur): Et que pouvons-nous faire, pour passer le temps?
FIGURANT: On pourrait planter de tes fleurs.
KUGEL (examinant le plancher): C'est de la mauvaise terre. (Il crache).
FIGURANT: On pourrait parler.
KUGEL (dubitatif): Parler? (remarquant le Commandeur). Qui est cet homme?
FIGURANT: Le Commandeur.
KUGEL: En personne? (Il s'approche pour l'examiner de plus près). Beaucoup moins bien qu'en photo... (Un temps.)
FIGURANT (voulant parler tout de même): Tu te souviens m'avoir inviter à ta fête?
KUGEL: Évidemment...
FIGURANT: Ce jour là, je t'aimais.
KUGEL: Moi aussi je t'aimais.
FIGURANT: Dans mes bras! (Ils s'embrassent).
KUGEL: Voilà. On s'aime. Il fallait se le dire. Et maintenant?
FIGURANT (jetant des regards inquiets autour de lui) Je ne sais pas. Peut-être... (Il finit par remarquer le portrait de Dieu). On pourrait essayer de parler à Dieu.
KUGEL (ne comprenant pas): À Dieu?
FIGURANT (montrant le portrait): Regarde.
KUGEL: C'est Dieu, ça?
FIGURANT: En personne.
KUGEL: Et on peut lui parler?
FIGURANT: Les prophètes l'ont bien fait.
KUGEL (observant le portrait de très près): Je l'imaginais plus blanc...
Un temps.
Le portrait se transforme. Il s'agit maintenant d'un portrait en forme de l'Athlète, complet avec frilles, soupures, et une abondante perruque frisée qui lui masque partiellement le visage. Les acteurs n'ont rien remarqué.
KUGEL: Regarde. (Il sort une photo de sa chemise.) Tu as vu la gueule du Gluckman? (Il montre du doigt. Ils regardent en riant).
ATHLÈTE (dans le tableau, emphatique): Taisez-vous! Le Glu-Glu, c'est l'ange du monde, le martyr de l'humanité, l'homme qui, du haut de ses 4807 mètres... 4810 mètres... 4807 mètres... Merde! Je ne vous permets pas! (Le tableau se retourne violemment, bruit de vaisselle.)
KUGEL (qui n'a pas fait attention): Tu aimes cette photo?
FIGURANT: Non.
KUGEL: Je te l'offre.
FIGURANT (ravi tout de même): Cadeau?
KUGEL: Oui. (Il froisse la photo et la jète, offre une fleur à sa place.)
FIGURANT (infiniment reconnaissant): Merci, elle est merveilleuse.
KUGEL: Elle était pour Cendryn, originellement.
FIGURANT: Tu en as d'autres.
KUGEL: Je ne suis pas si sûr. (Il fouille dans ses vêtements.) Je ne crois pas. (Un temps. Rêveur:) Tu connais l'histoire du jardinier qui n'arrivait plus à vendre ses fleurs?
FIGURANT: Non. Je m'en fous.
KUGEL: Tu veux que je te la raconte?
FIGURANT: Non.
Un temps.
KUGEL: Tu as peut-être raison. (Un temps). Tu es tout de même con.
Le tableau se retourne de nouveau. C'est maintenant un homme chauve vu de dos.
KUGEL: Tu aimes Cendryn?
FIGURANT: Je dois répondre?
KUGEL: Non. Mais je suis sûr que tu le feras.
FIGURANT: J'adore Cendryn.
KUGEL (gamin, tapant des mains): Moi aussi! (Un temps). Et tu as peur?
FIGURANT: Peur? Peur de quoi?
KUGEL: Peur. Comme ça. Peur. (Il fait la grimace).
FIGURANT: Oui, j'ai très peur.
KUGEL: Moi aussi. Allons-nous en.
FIGURANT (geste vers le tableau): Et le laisser, lui, là, tout seul?
KUGEL: Il ne nous regarde même pas.
FIGURANT: Ce n'est pas forcément une excuse. D'ailleurs, il finira bien un jour par se retourner. Crois-tu qu'il se retournera?
KUGEL: Sais pas. Je crois qu'il ne nous verrait pas.
Silence. La pluie cesse dehors, mais continue dans la salle (merde), à la déconvenue du public.
FIGURANT: Tu ne sais vraiment pas pourquoi nous sommes là?
KUGEL: Je t'ai dit que je dormais.
FIGURANT: Les yeux grand ouverts?
KUGEL: En tout cas je ne me souviens de rien.
FIGURANT: Si au moins on pouvait s'abriter.
KUGEL: Quoi, de l'ennui?
FIGURANT: Non, de la pluie.
KUGEL: Nous sommes à l'abri.
FIGURANT: Oui, mais il pleut tout de même.
KUGEL: Ce n'est pas si grave. (Un temps). On pourrait prendre le parapluie.
FIGURANT: Celui du tableau? J'y pensais, mais en avons-nous seulement le droit?
KUGEL: Nous avons tous les droits.
FIGURANT (peu convaincu): À mon avis, mieux vaut ne pas s'y frotter.
Un temps.
KUGEL: Finalement, c'était bien agréable.
FIGURANT: Quoi?
KUGEL: Dans le temps.
FIGURANT: Qu'est-ce qui était agréable?
KUGEL: Ce que nous faisions.
FIGURANT: Nous deux? Ce que nous faisions?
KUGEL: Du théâtre.
FIGURANT: En allemand.
KUGEL: Voilà. Nous étions amis. Ce me semble. Tu ne regrettes pas?
FIGURANT: Si bien sûr. (Il considère) C'est du passé.
KUGEL: Pourquoi?
FIGURANT: Parce qu'il ne faut pas regretter.
KUGEL: Non, je veux dire: Pourquoi est-ce du passé?
FIGURANT: Les temps ont changé. J'ai vieilli. Je me laisse aller. Je n'ai plus ça en moi.
KUGEL: Allons donc!
FIGURANT: Si j'essayais maintenant, je me casserais la gueule.
KUGEL: Ce n'était pas si physique.
FIGURANT: Pour toi peut-être. Moi je ne peux plus.
KUGEL: Assez là dessus!
[La réplique suivante, absente du manuscrit, ne se trouve que dans l'édition Bellan:]
FIGURANT (ayant réfléchi, se donnant de l'importance): Aujourd'hui, je m'appelle William Ludwig Horatius Van Beethoven.
KUGEL: Tu vois, tu peux encore. Allons, refaisons le monde!
FIGURANT: Il est déjà fait.
KUGEL: Je veux dire qu'on pourrait le faire renaître de ses cendres.
CENDRYN (qui est apparue par le plafond au milieu de l'acte II): Le refaire.
FIGURANT: Il est déjà refait.
Silence.
FIGURANT (ton neutre): Tout retombe. (Lyrique) Vous entendez? (Moins fort) On sent des présences. (Avec emphase, detachant les syllabes, en Sprechgesang) Des pré-sen-ces mu-et-tes. (Un temps. Il réfléchit) Ou des yeux aveugles... (Un temps. Dépité.) Zut, c'est nul! (Il regarde sa montre) Il ne fait pas chaud-chaud.
KUGEL: Il fait même froid-froid.
Le figurant reprend ses coups de pied.
FIGURANT: Je hais tout ce qui est immobile.
KUGEL (excité): C'est ça, amusons-nous a haïr. Je hais ce qui circule dans les déserts.
FIGURANT (surpris, arrètant les coups de pieds): Même le sable?
Kugel réfléchit.
KUGEL (avec un sourire sournois): Je hais ce qui ne bouge pas. Je hais la vie.
CENDRYN (rentrant aussi dans le jeu): Moi je hais l'espoir. (Dégoutée) Connerie!
FIGURANT (l'air repu): Ça fait du bien. Je me sens bien mieux.
KUGEL: À condition de ne pas abuser.
CENDRYN: Et de rester décent.
FIGURANT: Vous êtes sûrs?
CENDRYN (catégorique): Certaine!
FIGURANT (à Kugel): Et toi, qu'en dis-tu? (Kugel ne dit rien, mais a l'air suffisament convaincu.) Alors tant pis. (Ne sait plus quoi dire, meublant le silence.) Tant pis tant pis tant pis.
Repos.
Ombres en fond de scène.
[Ici encore, l'origine de ce qui suit est douteuse, et ne semble pas avoir fait partie du manuscrit original]
FIGURANT (fixant les ombres d'un air égaré): Florence. (Il hurle). Florence!. (Plus fort encore, si c'est possible) Florence! Florence! (Il court vers le mur du fond).
CENDRYN (à Kugel): C'est bon, cet endroit l'a toujours rendu fou.
Le carnaval envahit la scène. (Si possible, on utilisera encore la musique des scènes parisiennes de Lulu). Danses et costumes, joie. Kugel et Cendryn sont entraînés par la cohue, sur un chariot fleuri. La foule sort par la coulisse gauche. Bruit et musique s'éteignent progressivement.
Le Figurant reste contre le mur du fond, une bouteille de Ketchup à la main, dont il badigeonne le sol.
Rideau.
SCÈNE
Vide. Atmosphère enfumée. Lumière blanche et crue.
Les mêmes.
KUGEL (air important): Résumons la situation. Nous sommes bien foutus. C'est bien ça?
FIGURANT: Pardon?
KUGEL: Nous sommes bien foutus... (Expliquant:) Fichus... Foutus...
FIGURANT: C'est ça.
KUGEL: Tout à fait ça.
Un temps.
KUGEL: Il ne nous resterait donc plus qu'à agir. Seulement voilà, il n'y a rien à faire, que je puisse voir.
FIGURANT (approuvant): Moi non plus, rien du tout.
KUGEL: Nous avons tout essayé.
FIGURANT: Tout usé.
KUGEL: Et il ne reste rien.
FIGURANT: Que des... que des...
KUGEL: Des souvenirs périmés. (Un temps). À toi. (Un temps. Insistant) À toi.
FIGURANT: Je... Des débris éparpillés... (Dépité) C'est nul! Je n'y parviens pas. Reprenons...
Les acteurs reprennent exactement le même texte, rigoureusement la même gestuelle, mais une octave plus haut.
KUGEL: Je me demande si...
FIGURANT: Tu t'ennuies avec moi?
KUGEL (après un court moment d'incompréhension): Si je m'ennuie? (Un temps) Pas plus qu'ailleurs... Je me demande si...
FIGURANT: Non. Ailleurs on s'amuse. Ici on s'ennuie. Mais peu importe.
KUGEL (s'attendant à être interrompu): Je me demande si...
FIGURANT: Et c'est pour ça que tout le monde me fuit.
KUGEL: Qui te fuit? (Un temps. Plus fort:) Qui te fuit?
FIGURANT: Tous.
KUGEL: Ah, merde.
(Silence)
KUGEL: Je me demande si... (Il éternue volontairement.)
FIGURANT: À tes souhaits.
KUGEL: Merci. Qu'est-ce que je disais? (Plus fort) Qu'est-ce que je disais?
FIGURANT: Tu éternuais.
KUGEL: Je me demandais... demandais... (Il abandonne)
FIGURANT: Tu t'emmerdais.
KUGEL: Bien sûr. Mais ce n'est pas ça non plus.
FIGURANT (poursuivant ses pensées): Aujourd'hui je suis seul. Rien ne se passe. Aujourd'hui comme hier du reste. Mais un jour... Une... Une... viendra, et aussi... aussi... que moi, comme moi, pour moi, et qui... on s'en ira... loin d'ici, et...
Brève musique: Trois temps de valse, aux tuba et percussions.
Changement de ton.
KUGEL: Ça risque d'être pas mal.
FIGURANT: C'est un risque à courir.
Rideau
SCÈNE -- (Coda)
[Il convient de noter, à la conclusion de cette scène finale, l'emploi d'un développement d'inspiration Beethovenienne, progressant par réductions successives du thème jusqu'à ses cellules les plus élémentaires.]
Atmosphère de lendemain de fête. Sol jonché de débris.
Atmosphère de fin.
FIGURANT (se décide enfin à parler): Nous étions au Luxembourg. Nous parlions, je crois. Ou peut-être non. En tout cas nous étions ensemble. Presque heureux, bourgeois, même. Moi du moins. Puis je me suis retrouvé à genoux. Tu ne comprenais rien. J'étais agenouillé dans le sable, comme cloué. Un cavalier en armure nous fonçait dessus. Sa lance brillait, même sans soleil. J'ai dégainé. J'ai tiré. Alors là, plus de cavalier. Mais aussitôt, je me dis que mon geste avait peut-être été un peu ridicule. Certes, je l'avais tué. Mais mon mouvement était-il suffisament élégant, cela tiendrait-il, sur film? Et puis, surtout, comment, à quoi cela pouvait-il bien ressembler, à tes yeux? D'ailleurs, tu n'étais même plus là. J'étais là seul cloué encore au sol au milieu des statues crottées de pigeon.
TUCHBAND (déçue tout de même): C'est ça, ton rêve?
FIGURANT: C'est ce que j'ai rêvé cette nuit. J'ai discrètement brodé.
TUCHBAND: C'est pas mal.
Long silence.
FIGURANT: Tu te rends compte que ce sont nos derniers moments ensemble?
TUCHBAND: Pour cette saison...
FIGURANT: Oui, mais tu ne reviendras pas...
TUCHBAND: Je n'ai pas dit ça. Il y aura encore festival l'année prochaine. D'ailleurs...
FIGURANT (agité): Tu as dit t'être ennuyée. Pensais-tu donc à moi?
TUCHBAND (prudente): Je ne sais. Peut-être...
FIGURANT (même jeu): Je veux dire, j'ai toujours voulu savoir, pensais-tu parfois à moi? As-tu pu voir ce que j'étais? On va se quitter, je dois savoir.
TUCHBAND: As-tu donc si peur de moi?
FIGURANT: Non. C'est juste que je t'idolâtre.
TUCHBAND (trouvant un rire facile): Idolâtre! Comme tu exagères!
FIGURANT: Exagérer? "Tuchband, l'espoir du monde. Tuchband, une symphonie orchestrale. Tuchband, l'aboutissement du Talmud... de la... le la les..."
TUCHBAND (même jeu): Tu exagères.
FIGURANT: Mais non.
TUCHBAND: Mais si.
FIGURANT: Non. Et merde.
Pause
FIGURANT: C'est le moment de se quitter, hein?
TUCHBAND: Je reviendrais, je te dis.
FIGURANT: Ce ne sera pas pareil. Là tu vas partir. Et pendant un temps je ne pourrais plus... je ne pourrais plus... C'est une habitude que de penser à toi.
TUCHBAND: D'autres images viendront chasser les anciennes.
FIGURANT:
TUCHBAND: Il faut se séparer.
FIGURANT (tremblant): Merci. C'est...
TUCHBAND: Au revoir.
Geste, sourire. Elle sort sans se retourner.
Figurant fixe la coulisse, hébété. Puis se tourne face au public, expression neutre.
La lumière décline légèrement.
Entre Cendryn. On entend brièvement son motif musical, pendant que les extras font une rapide révérence.
CENDRYN: Ça y est?
FIGURANT: Oui. (Sans conviction:) Je suis triste.
CENDRYN: Tu as l'air hilare.
FIGURANT: C'est vrai. C'est énervant.
CENDRYN: C'est la vie.
Un temps.
CENDRYN: Nous aussi, il faut qu'on se quitte.
FIGURANT (horrifié): Merde. (Baissant la tête) J'avais oublié.
CENDRYN: Oublié?
FIGURANT: Disons que je ne voulais surtout pas y penser. (Silence).
CENDRYN: Alors...
FIGURANT (l'interrompant net): Tu réalises que tu es ma confidente, n'est-ce pas? À toi, à toi seule, je me suis révélé. Tu es mon seul temoin, le seul être qui puisse témoigner de ma grandeur, ou de ma déchéance, ou whatever. J'ai tout investit en toi.
CENDRYN: Mais oui.
FIGURANT: Alors au revoir.
CENDRYN: Au revoir.
Silence. Ils se regardent.
FIGURANT: Que feras-tu en vacances?
CENDRYN: Ce n'est pas le moment de parler de vacances.
FIGURANT: Je voulais simplement relancer la conversation, puisque nous ne partons manifestement pas. C'est sans importance. (Fier:) Je constate: Nous avons tout de même du mal à nous séparer.
Ils ne bougent toujours pas.
CENDRYN: Tu ne vas tout de même pas te mettre à pleurer, n'est-ce pas?
FIGURANT: Mais non, mais non. (Plus faible) Mais non. (Il essaye désespérément de pleurer, sans succès. Il pète.)
CENDRYN (lui touchant l'épaule): Allez, au revoir.
FIGURANT (même jeu): Au revoir.
Geste, sourire. Elle sort lentement, se retourne, sourit encore, finalement reste figée en bord de scène, juste hors de la lumière.
FIGURANT (neutre): Voilà. Tour à tour...
La lumière remonte à nouveau.
L'ATHLÈTE (qui était resté sur scène depuis la fin de l'acte II, figé en position d'oiseau. Il est complètement nu. On remarque qu'il est rose et légèrement bedonnant, même si jambes et bras sont encore musclés D'un ton exagérément dramatique:) Il faut à tout prix rattraper la situation.
LE COMMANDEUR (posant sur un chariot, roulé sur scène par Ottoz et Bertil): Nous n'en avons plus le temps (affecte une pose resignée).
ATHLÈTE (subitement déchainé, larges gestes, ses couilles se balladent): Foutez-moi la paix avec ces histoires de temps. Le temps c'est pour les autres. Vous n'avez que ce mot à la bouche.
LE COMMANDEUR (au figurant, riant): Ce type est fou. Positivement.
ATHLÈTE (calme, s'excusant): Je suis nerveux. La châleur...
LE COMMANDEUR: Il est vrai qu'il a fait chaud cette année. C'est exceptionnel. J'ai assisté à une représentation du Lac des Cygnes. En extérieur. Il faisait très chaud. J'ai transpiré. C'est exceptionnel. J'ai tout de même pleuré. Il est vrai que j'étais amoureux. (De nouveau au figurant): Que faites-vous donc là?
FIGURANT (avec répugnance): J'attends.
LE COMMANDEUR (Amusé): Attendre? Mais il n'y a plus rien à attendre ici, jeune ami. (Il disparait). (Il reparait): Elles sont toutes parties. (Il disparait de nouveau, pour de bon).
FIGURANT: Je sais. Je m'en vais.
Il regarde l'athlète. Ils sont enfin seuls.
ATHLÈTE: Pas avant
FIGURANT: Confronté
ATHLÈTE: Il était temps, enfin
Un temps.
FIGURANT: J'ai longtemps cru
ATHLÈTE: Tu étais le héro
FIGURANT: L'humanité
ATHLÈTE: Je t'aime
Un temps.
ATHLET: Quelle ménagerie
FIGURANT: Je m'en sens si loin
ATHLET: Je t'ai vu
FIGURANT:
ATHLET: J'ai ri
FIGURANT: Je suis drôle
ATHLET: Je ne sais plus si je pourrais me passer de toi
FIGURANT: Moi non plus, je m'aime
ATHLET:
FIGURANT:
ATHLET: Tu es l'ange de l'humanité
FIGURANT (flatté): Mais non voyons
ATHLET: Le monde est en toi
FIGURANT: C'est vrai
ATHLET:
ATHLET:
FIGURANT: J'y crois
Un temps.
CENDRYN: Ainsi de suite
FIGURANT (à Cendryn): Merci
ATHLET: De rien.
FIGURANT: Continue.
ATHLET: Je relance (geste de la main).
FIGURANT: Mon nom est
FIGURANT: Aujourd'hui je m'appelle
ATHLET:
FIGURANT (se donnant encore plus d'importance): Je suis
ATHLET:
Ils s'embrassent, ne font plus qu'un.
ATHLET:
FIGURANT:
ATHLET (ayant le dernier mot):
FIGURANT:
ATHLET:
FIGURANT
ATHLET
FIGURANT
ATHLET
ATHLET
ATHLET
Rideau.
Fin de l'Acte.
On pourra reprendre l'ensemble de l'acte. À la reprise, les rôles seront toutefois joués par des acteurs âgés, évidemment retraités.
![]()
Athlète (page 12)
[On l'a dit, ce second acte est réputé plus difficile que le précédent. Or là figure précisément toute sa captivante richesse. Le texte ne fut du reste jamais porté à la scène. En effet, on s'y éloigne résolument du représentable, certaines sections se dissociant même entièrement du théâtral. Seule la fugue qui conclut l'acte reçut quelques accolades prudentes d'une critique autrement peu ouverte au foisonnement désordonné de l'écriture théâtrale. On a pu tolérer ce système d'écriture dans le contexte des textes "libres" du volume suivant, mais l'application à l'écriture scénique fut pour la critique comme un tabou qui ne devait être franchi.
Du point de vue formel, on notera la structure a peu près symétrique de ce développement, dont le cur se trouve au milieu de la description du Figurant. La "loose symetry" sera une construction fréquemment employée dans l'oeuvre Gluckmanienne, souvent même mise en abîme comme c'est le cas ici (ce texte s'inscrivant dans la structure symetrique plus large de l'ensemble du volume). De plus, comme on l'a souligné dans la préface générale, le passage au-delà du point de symétrie provoque une perturbation croissante et marquée du language, particulièrement pour les personnages de Tuchband et du Figurant qui en sont les protagonistes. Ce procédé sera répété fidèlement en plusieurs autres points de l'uvre.
On soulignera enfin à quel point ces textes préfigurent l'évolution à venir. On y trouve la même insistance obsessionelle sur des essais avortés, la même rupture constante du discours (en relation avec la Klangfarbenmelodie de L'École de Vienne), bref, le ton ici est précurseur des meilleurs moments des "Harry Letters" du volume suivant. Du reste, certains analystes, Ploye notamment, eurent la préscience de voir dans cet acte un manifeste initial du style qui servira de charpente à l'ensemble de l'uvre. Citons notamment Bellan selon qui "...la Fugue [qui clot le 2nd Acte] capture à elle seule le jeu formel et ludique qui définit l'uvre théâtrale entière." Pour réductrice que puisse paraître une déclaration de ce genre, elle contribua néanmoins à attirer l'attention des lecteurs sur cette uvre autrement injustement négligée.
Pour notre part, nous ne cessons d'être fasciné par l'originalité foisonnante de ce développement, par la richesse excessive du jeu formel, des intentions et du réseau de références, ainsi que par la multiplicité des sentiments souvent contradictoires que suscite l'étude de l'uvre. Il s'agit sans conteste d'un de ces textes dont l'analyse répétée révèle progressivement un abîme d'intentions artistiques, si caractéristique de notre auteur.]
ACTE -- (Développement)
Durant tout l'acte, la scène sera divisée en trois parties égales par deux barres verticales de métal brillant, formant ainsi un triptyque.
Le figurant occupera la partie gauche, l'Athlète la partie centrale, et Cendryn la partie droite.
Ils ne pourront sortir de leur tiers de scène quelles que soient les exigences de l'action, seule Tuchband sera autorisée donc à évoluer librement.
Quand les acteurs ne joueront pas, ils se tiendront immobiles dans leur partie de scène, dos au public, les bras en croix.
[La scène suivante semble absente de tout manuscrit, il s'agit donc vraissemblablement d'un rajout postérieur. Le but en est évident: il s'agit d'établir d'entrée de jeu l'Art de la Fugue (de Bach) comme ultime aboutissement artistique, ou même plus généralement de l'édifice humain, vers lequel convergera l'ensemble de l'uvre Gluckmanienne. La mort au contact de l'uvre est ainsi annoncée dès le début, même si sa réalisation en est fort distante. Gluckman déclara vouloir ainsi obtenir un effet similaire à Richard Wagner dans le Prélude de Rheingold, premier opéra de la Tétralogie, où les premières mesures sont construites sur le "Werde-motif" (motif du destin), un des leitmotives qui sous-tendent le cycle complet, annonçant d'entrée la dramatique conclusion de Götterdämmerung, quelques quinze heures de musique plus tard!
À noter également l'annotation Mesto qui accompagne chaque apparition du thème, en imitation du 6ème quatuor à cordes de Bela Bartok, une uvre qui toujours fascina le Gluckman: Un thème musical, indiqué mesto, introduit chacun des trois premiers mouvements, sous des formes légèrement variées, pour finalement servir de thème principal au quatrième et dernier mouvement, où il est pleinement développé. Le plan d'ensemble de l'uvre s'inspirera aussi de ce modèle.
Comme le souligne Kamm, on pourra ici trouver surprenant que Gluckman ait traité d'un ton si iconoclaste l'Art de la Fugue et la Sonate op.111, uvres qu'il plaçait au sommet même de l'achèvement humain. Les allusions à Mahler paraissent aussi comme une distraction inutile].
Mesto --
SCÈNE (Variante de la Scène III).
ATHLET, costume à rayures, large caleçon.
CENDRYN, costume à pois, jolie jupe en cloche.
FIGURANT, costume gris trop moulant, pas de chapeau.
TUCHBAND, nue, également avec une jupe en cloche, et des baskets pour mieux se déplacer.
Intérieur Bourgeois, parquet.
FIGURANT (entre, posant vivement sa symphonie de Mahler sur la table, bien en vue):
ATHLET (gonflant ses muscles):
ATHLET (gonflant ses muscles):
(etc.)
(Le temps a passé. Le figurant n'a plus de barbe.)
FIGURANT (entrant vivement, posant sa symphonie de Mahler sur la table): J'écoutais L'Art de la Fugue de Bach. Lorsque la dernière voix du contrepoint s'est dissoute dans le silence, inachevée, j'ai vu qu'il n'y avait rien d'autre au-delà.
(Les autres ne bougent pas.)
FIGURANT: Du coup, j'ai pris un couteau de cuisine, et ai entrepris de me trancher les veines. Une malformation bien commode fait qu'une artère affleure près de mon pouce, ce qui devrait rendre ce genre de choses facile. Je n'y arrivais pourtant pas, et après une demie-heure, ayant essayé trois couteaux différents, me voilà de retour. Regardez! (Il remonte fièrement les manches pour dévoiler ses poignets. On ne voit rien). Je suis une victime de l'art!
(Les autres ne regardent pas. Il sort)
(Deux heures passent, que l'on meublera par une aimable musique d'ambiance).
FIGURANT (entrant vivement, posant sa symphonie de Mahler sur la table): J'écoutais L'Opus 111. Que pourrait-il y avoir après cela? Bach peut-être?
(Les autres ne bougent pas).
FIGURANT: Je me suis vu dans un monde abstrait où la vie n'était pas justifiée. J'ai pris des couteaux de cuisine, et ai entrepris de me trancher les veines. C'est plus difficile qu'on ne le croit. Après soixante-quinze minutes à scier, j'avais très mal, mais le sang ne sortait pas, ou pas suffisament. Puis je pleurais finalement, hoquetait en gros sanglots, ce qui limitait ma dextérité. J'ai dû finalement renoncer, et me voilà.
(Comme les autres ne réagissent pas, il reprend sa position dans le triptyque).
Rideau
(portrait de Philippe Gluckman composant la Neuvième de Beethoven)
(Un temps)
SCÈNE
Éclairages chauds. Décor naturel, paysage humide et ensoleillé. Arbres, fleurs et herbe. Fond abstrait.
Cendryn, Figurant, allongés par terre de telle sorte qu'ils ne se voient pas, regardant le ciel.
FIGURANT: Aujourd'hui je t'ai rencontrée à Beaubourg. Je me dis que j'aime bien penser que tu es là.
CENDRYN:
FIGURANT: J'ai lu quelque part que tu craignais de perdre mon exclusivité. Ne crains rien. Tu as toujours été mon temoin, ça ne changera pas. Ma confession te revient.
FIGURANT: Là, je suis dans ma chambre et ma photo me regarde. Elle change d'expression tous les jours. Aujourd'hui sera plutôt bon. Excuse-moi si cette scène est ratée, je n'arrive pas à exprimer ma pensée. J'aurais vraiment aimé mieux que ça.
FIGURANT: J'aime beaucoup tout ce que tu m'as dit, je l'ai relu une bonne dizaine de fois. Puis j'ai relu mes propres paroles, et j'ai aimé ça encore plus.
Un lapin rentre, petite musique. L'atmosphère se détend, les acteurs se redressent.
ATHLET: Un lapin. Un lapin... (Il cherche. Un temps. Ne trouve pas:) Un lapin.
Lassitude des deux autres. L'athlète marche en rond inquiet. Ça n'intéresse personne.
FIGURANT (reprenant le fil de ses idées): Je me demande si finalement je ne jouais pas mon malheur. Je suis pourtant convaincu d'avoir été sincère à certains moments. Ou alors je me trompais moi-même.
CENDRYN:
Il est quatre heures.
FIGURANT: Mon grand dessin monumental avance pas à pas, lentement, très lentement. Je te le dédie. Les hâchures me calment mais j'ai peur d'en avoir trop fait: Le sujet du dessin s'en trouve entamé. Comme d'habitude le dessin est mon refuge.
ATHLET (interrompant, ayant bu): Cette fois c'en est trop. Trois échecs de suite. Et dans les mêmes conditions encore. Chaque fois que j'allais toucher au but, le mur, le barrage. Un spectre du passé, peut-être, en tout cas ça fait chic.
Il sonne. Il n'y a personne. Il est soulagé.
SCÈNE II
L'athlète est en robe de chambre.
Il parle seul, grands gestes.
SCÈNE III
Rideau
SCÈNE
[L'absence de toute indication scènique dans la courte scène qui suit serait un hommage à Bach (qui ne fournissait aucune indication de tempo ou de dynamique dans ses uvres). Cet artifice, quelque peu forcé, ne sera certes d'aucune aide aux acteurs!]
FIGURANT: Regarde, tout cela, ça vit pour toi. Tu te souviens, tu avais trop bu, tu m'as dit: "Ça, on l'écrira". Et puis je n'en vois aucune trace. Te rappelles-tu seulement? C'était la Cendryn théâtrale qui parlait ce jour-là. Il faut dire que tu n'allais pas bien. Tu as vomi. Te souviens-tu?
CENDRYN:
FIGURANT: Moi aussi, j'ai pleuré, l'alcool aidant. Ça fit du bien. Puis on se moqua des chaussures de certains convives. Ça nous occupa un temps. Mais on nous remarqua, et on faillit se faire casser la gueule. On eut peur. On courut dans le Boulevard. Ça nous déchira l'estomac.
CENDRYN: Rideau.
FIGURANT: Ce fut là bien sûr la fin de l'entretien.
RideauSCÈNE
Même décor qu'à la scène V.
FIGURANT (à son bureau): Tout cela est... (avec une fausse voix de cornet à pistons:) ...ridicule. Je voulais dire avant cela après cela tout ça... Ridicule. (Geste horizontal du bras. Geste vertical de l'oreille gauche. Un temps. Le plafond s'élève légèrement.)
TUCHBAND (en robe du soir): Je suis.
FIGURANT (se voulant spirituel): Je vois bien.
TUCHBAND: Fais-moi l'amour. (Ils font l'amour.) Embrasse-moi. (Il l'embrasse.) Vas-t'en. (Il s'en va. Un temps.) Et maintenant? (Un temps. Plus fort:) Maintenant?
FIGURANT (Revenant): J'ai compté jusqu'à 3751 (environ). Maintenant, c'est à toi de sortir. (Elle sort. Long silence.) Reviens. ( Elle ne revient pas. Un temps. Plus fort:) Reviens! (Ne revient toujours pas. Long silence.)
ATHLET (mini-jupe): Je t'aime.
FIGURANT: Et moi?
ATHLET: Toi aussi.
FIGURANT: Je t'aime?
ATHLET: Quand nous sommes ensemble nous jouons toujours ce jeu particulier. Nous rivalisons d'esprit, de bon mots, ce que nous sommes donc drôles! (Il rit de bon cur.) Et si un trait de personnalité ou un sentiment quelconque venait à affleurer dans nos échanges, c'est toujours sous une forme deguisée, comme si nous en avions honte, si soigneusement deguisée que nous sommes dupes de notre propre jeu, il me semble. Impossible de savoir ce que l'on ressent vraiment. Il est temps que ça cesse. Voilà. J'ai préparé cela de longue date. (Un temps. Il hésite encore.) Fais-moi l'amour.
FIGURANT, (gentleman): Franchement, mon cher, you're crossing the boundary of good taste.
ATHLET: Ce n'est pas la question.
Rappelons que les acteurs en sont toujours confinés à leurs tiers de scène, ce qui rendra l'exécution de la scène d'autant malaisée.
FIGURANT (se laissant aller dans ses bras) Je ne t'aime pas. Je ne fais ça que par envie charnelle, ou alors par faiblesse. Il est vrai aussi que je n'ai rien de mieux à faire. (Il se rit au nez.).
ATHLET: Moi non plus je ne t'aime pas. (Haussement d'épaules.) Mais j'aurais pu. (Un temps. Écarquillant les yeux:) Juif! (Un temps.) Déshabille-moi. (Il le déshabille, commençant par les collants puis le large caleçon à rayures.) Suce-moi. (Il le suce.) Plus fort. (Un temps.) Plus fort. (Un temps. Le repoussant subitement:) Voilà, ça suffit, je n'ai pas vraiment joui mais c'est égal. Maintenant rhabille-moi. (Il le rhabille.) Vas-t'en!
FIGURANT (sortant): C'est ce que j'aurais dû faire depuis longtemps. (Un temps. Puis il revient, constate que l'Athlète n'est plus là, reprend position.) Et maintenant? (Un temps. Un peu plus fort:) Maintenant?
TUCHBAND (de retour): J'ai compté jusqu'à 3751 (environ).
FIGURANT: Je ne croyais pas que tu reviendrais.
TUCHBAND: Moi non plus.
FIGURANT (lui prenant violemment la main, passioné:) Je t'aime!
TUCHBAND: Ce n'est pas vrai.
FIGURANT: Tu m'emmerdes.
(Variante, au choix: - FIGURANT: ça devrait l'être.)
TUCHBAND: Mieux vaut pour toi ne pas m'aimer.
FIGURANT (poussant un long soupir jusqu'au mur opposé): Je ne t'aime pas.
TUCHBAND: Je sais.
FIGURANT: Et que peux-tu en savoir!
TUCHBAND (levant les mains en barrière): Bien, bien, tu es sehr aufgeregt! Calme-toi mon chat. Puisque c'est comme ça je ne dirais plus rien. (Elle s'assit d'un air dédaigneux.)
Silence.
FIGURANT: De nouveau, je ne peux rien dire. (temps) Parle. (temps) Parle! (temps) Parle!! (temps) etc.!!
ATHLET (prenant tout pour lui): C'est que j'en ai marre de vous dire les choses à vous, en face, avec précision. J'ai maintenant une conscience de plus en plus aigüe de tout ce que je peux dire ou faire. Et je suis écrasé du ridicule de ma situation.
FIGURANT (agacé:) Vous, on ne vous a pas parlé. Retournez donc dans votre niche.
ATHLET: C'est que d'un côté, j'ai un besoin pressant de parler, comprenez-vous, mais de tout oublier ensuite, avant que le ridicule ne me saisisse.
FIGURANT (essayant de couper court:) Soit.
ATHLET: C'est à peu près cela. Il y a des choses auxquelles il ne vaut mieux ne pas trop penser, sous peine de perdre la raison.
CENDRYN:
Ils reprennent position.
RideauSCÈNE
Rien ne se passe.
Un temps.
Rideau
(Suite):
- Dieu m'a prédit en rêve qu'aujourd'hui serait infernal.
- Et alors?
- Alors c'est l'enfer.
Cette page est dediée à Nathalie (Vanderkrefft) Mérigout.
Rideau
GRAND MONOLOGUE BRILLANT -- Réalisé par Ephraïm Katz, de l'Académie.
TUCHBAND (nue, comme à la scène précédente): Je te parle. (Un temps). Sans croire à la parole. (Elle se place sous la lumière, la face vers le sol.) Tu n'entends pas, personne. Qui? (Les yeux levés. Rebaisse la tête. Silence.) J'ai du mal à croire. (Silence.) Et à dire. (Silence.) Trois aspirations majeures: J'ai oublié la troisième. (Silence.) Et c'est ridicule une fois projeté. (Silence.) De dire, je ne peux pas, je. (Silence, plus long. Relève les yeux.) Pourquoi me fais-tu dire ces choses-là? (Un temps.) Je t'aime. Tu voudrais que je t'aime. Pourquoi moi? Tu n'as rien de mieux à dire? (Un temps). Retenue, ils ne sauraient tous pâtir de mon idiotie, (rit:) profonde, fière et viscérale. (De nouveau recueillie:) N'étant sûre de rien je ne saurais faire souffrir les autres. Car la souffrance est bien réelle, je crois, la leur en tout cas. Il ne faudrait voir que cela. (Silence.) Ces mots m'irritent et ne m'appartiennent pas. Pourquoi moi? (Silence, baisse la tête.) Je t'aime. Tu voudrais que je t'aime.(Un temps). Besoin de ton amour sur le papier. À défaut de mon sexe. Que tu vois tes ambitions idiotes démantelées. Que tu te voies enfin, un gouffre. (Un temps. Silence.) Je t'aime. Je suis nue. (Un temps. Silence.) Arrète de me faire parler, c'est insupportable! (Un temps.) Tu n'as pas le droit. (Un temps.) Ce n'est même pas moi. (Un temps.) Ces choses que je ne voudrais pas toucher. (Un temps.) Ne pas voir, surtout, ne pas penser. (Un temps.) Mais qui m'attirent tout de même. (Un temps.) C'est encore toi qui parle. (Un temps.) Je suis nue. (Un temps.) Je dois être belle. (Un temps.) Ou laide. (Un temps.) Aime-moi. (Un temps. Silence.) Je sais être belle, connais ton désir. (Un temps.) Le plaisir ce plaisir une réaction désespérée. (Un temps.) Un dernier sursaut un dernier sursaut un. (Long Silence. Un temps.) Nous parlions d'hypocrisie ce me semble. (Un temps.) La tienne, ta vie, je, gros con. (Un temps.) D'où la honte. (Un temps.) Mais cela même est hypocrite. (Un temps.) Je t'aime. (Un temps.). Je te désire. (Un temps.) Pourquoi me faire dire cela? (Un temps.) C'est infâme. (Un temps. Elle se couche sur le sol, un vaste parquet.) Mais viens, viens, pourquoi serait-ce impossible? (Un temps.) Que nous fassions enfin l'amour. (Un temps.) Je veux nous voulons ce plaisir la mort. (Un temps.) Viens. (Un temps.) Je. (Long silence. Se relève.) Tu n'as rien dit? (Un temps.) C'est vrai. (Un temps.) Ou pourquoi. (Silence.) Je. (Se place contre le mur de fond de scène, en pleine lumière). Je suis juive. (Un temps.) Je le dis je le cache. (Un temps.) Pourtant je suis juive, je le veux. (Un temps.) Ou j'en ai peur. (Un temps.) Ou pourquoi? (Un temps.) Face aux autres. (Un temps.) Ou pourquoi? (Silence. Baisse les yeux.) Aime-moi. (Silence.) Ou pourquoi. (Silence.) Les autres. (Silence.) Les autres. (Silence.) Les autres. (Silence). Je veux dire. (Silence.) Je ne peux pas, je veux dire, peux pas le leur dire. (Silence.) Ou à quoi bon. (Silence. Monocorde:) Je ne peux ou que dire te parler mais quoi? (Silence.) Ridicule. (Silence.) Je. (La tête basse, les deux mains portées au pubis:) J'ai envie de toi. (Silence.) Ne parle pas. (Silence.) Ne m'écoute pas écoute-moi. (Silence.) Comprends donc. (Silence.) Ne m'écoute pas. (Silence.) Je ne peux pas. (Silence.) Aime-moi. (Silence.) Je. (Pause. Relève la tête, les yeux fixés devant elle.) À toi. (Un temps.) Je répète: À toi. (Un temps. Long silence.) Il y a un âge où il faut bien finir par ne plus se leurrer, je veux dire. Même sur les illusions qu'on avait auparavant, ce me semble. (Un temps.) Et voir le monde. (Un temps.) Je ne devrais même pas être autorisée à parler, même si je ne parle pas. (Silence.) Je suis méprisable. (Un temps.) Le fait même de dire est méprisable. (Un temps.) Ça aussi c'est méprisable. (Un temps.) Ou ne plus dire. (Un temps.) Ça aussi c'est méprisable. (Un temps.) C'est vrai. (Silence.) Tais-toi. (Un temps.) Toi aussi. (Un temps.) Tais-toi. (Long silence.) Aime-moi? (Long silence.) Aime-moi? (Long silence.)
(Ossia: Cendryn et l'Athlète se disputeront pour déclamer la description suivante, élevant la voix, s'interrompant etc.)
FIGURANT, (il sera modérément grand, d'une certaine stature, discrètement gras, de longues couilles pendantes et rosâtres, on lui verra la peau blanche, et quand nu il sera presque rose, un ventre assez rond se révélant parfois, débordant légèrement, alors que les autres parties du corps seront restées minces, blanc, une discrète pelaison brune ou rousse selon, les cheveux peignés sans inspiration, des yeux bleux légèrement trop grands, d'un bleu délavé somme toute assez insatisfaisant, il aura la bouche sérieuse, presque renfrognée, à la Beethoven, le matin, en été il sera parfois beau, allongé au lit, quand ses cheveux lui masqueront en partie le visage, et que le drap ne révèlera que peu de son corps, il portera des rayures, il portera un béret, symétriquement, il portera un chapeau, il portera un pantalon simple, le soir, en hiver il sera parfois quelconque, et lui viendra la honte de ses jambes poilues les cachant le plus souvent sous lui, les traits de son visage trembleront toujours excessivement sous l'émotion, en grimaces curieuses et inattendues, des yeux bleux trop pâles, manquant singulièrement de force, les cheveux comme boudinés par la châleur, un léger poil roux recouvrant par plaques certaines parties du corps, particulièrement autour du sexe, et traçant une ligne au centre d'un ventre gentiment rond, on lui apercevra occasionnellement le cul quand il se penchera, une peau parfois lisse légèrement moite, alternant tour à tour une démarche voutée ou conquérante, de taille moyenne.)
TUCHBAND, (nue, toujours): Je suis morte à Bergen-Belsen, chaque jour. (Un temps.) Non. (Un temps.). Pas du tout, même pas. (Un temps. Avec force:) Et Merde! (Silence. Silence.) Ils doivent me rire ils ont raison. (Un temps.) Ne m'écoute pas. (Un temps. Avec force:) Écoute-moi. (Un temps.) Tu m'aimes. (Un temps.) Aime-moi (Un temps.) Reviens. Regarde-moi. (Un temps.) Ne me regarde pas. (Un temps.) Je suis laide. ( Un temps.) Je. (Un temps.) Je ne sais pas. (Silence.) Viens. Regarde-moi. Aime-moi. (Silence. Précipité:) Fais l'amour, le plaisir, au moins ça, j'ai un corps sublime, j'ai un corps du moins, je vis, mon Dieu, je vis, le plaisir, au moins, si, si, comment dire. (Un temps. Plus lent.) Quant au reste... le reste... tant pis... si je n'ai rien à dire... vide, comme toi peut-être... (Recroquevillée sur elle-même:) si je ne peux parler. (Silence.) J'ai un corps vivant que tu prends, sens le vivre, ou pourquoi. (Un temps.) Le plaisir ce cri d'agonie. (Un temps.) D'agonie, d'agonie, d'agonie de quoi? (Un temps.) Ou pourquoi. (Un temps.) Ridicule. (Silence.) Comment parler d'autre chose? (Un temps.) Même si je ne dis rien. (Un temps. Avec dédain:) Agonie, pah! (Silence.) Tu n'as rien dit? (Silence.) Je vais tout jeter recommencer recommencer quoi? (Silence.) Je ne vais rien jeter, je n'ai pas ce courage. (Silence.) Tais-toi. (Long silence.) Je. (Un temps. La tête basse.) C'est toute une vie qui se déroule ici. Ça... (hésite) ...n'en finit pas. (Un temps) (Silence.)(Avec force:) Je veux que tu vois mon corps nu nu et blanc laid à pleurer démantelé jouir la bouche arrachée par ce plaisir si terrible regarde-moi, le désir de plaisir, regarde-moi le plaisir la souffrance, (elle déploie son corps, une explosion de nudité), regarde-moi, ce corps affreux, prends-moi tue-moi tue-moi tue-moi. (Soubresaut du corps. Elle s'abat à terre. Long silence. Sans force:) Ne me regarde pas. (Long silence. De même:) Ne me regarde pas. (Long silence. Redressant la tête, un peu plus fort:) Ne me regarde pas. (Silence.) Plus jamais. (Pause. Changement de ton:) J'ai bien tort, ce me semble. (Un temps. Se relève.) Comme avant. (Marche en fond de scène, indolente, complètement relachée:) Quelle importance? (Un temps.) J'ai tort, je me trompe, je ne devrais pas parler. (Un temps.) Il est temps d'arrèter. Est-ce seulement moi qui parle? (Un temps. Plus fort:) Il est temps d'arrèter. (Regard circulaire. Silence.) Ça ne finit pas. (Se reprenant:) Je n'aurais pas dû dire cela, on me trouvera ridicule et laide. (Un temps.) Même pas. (Un temps.) Et je passerai le temps qui reste à être plus ridicule et plus laide, c'est un plan qui me va. (Un temps.) Jusqu'à ce qu'on se lasse. (Un temps.) Et alors... alors... rien. (Silence.) Ou pourquoi. (Un temps.) Tais-toi. (Silence. Regarde les autres, pour la première fois) Nous sommes enfermés ici tous ensemble, pour ainsi dire condamnés à une réaction injustifiable, la foi. (Un temps.) Nous sommes finalement acculés au choix arbitraire, et pas un n'est meilleur que l'autre, de ce que je peux voir, alors fermez vos gueules! (Un temps.) Est-ce ça? (Un temps.) Est-ce ça? (Un temps.) Et de s'y tenir aveuglément. (Un temps.) Est-ce ça? (Un temps.) Ou pourquoi. (Long silence.) Je. (Silence.)
Rideau
Quarante ans plus tard nous avions encore à peu près la même tête. Mais c'était pour de rire (naturellement).
SCÈNE IV
Pas de scène IV.
Ceci n'est pas un requiem. Ceci est une pièce de théâtre. Elle est courte, cinq minutes au plus même en jouant les prolongations.
La scène se déroule n'importe où, ou plus spécifiquement dans un intérieur bourgeois, avec coussins et lit.
Deux personnages principaux:
Le premier est blond, les cheveux bruns, les oreilles décollées mais pas trop loin du nez, s'appelle Pierre, mais ses amis l'appellent Paul, alors que ses ennemis l'appellent Jean-Jacques. Ceux qui l'ont connu en mer préfèrent plus simplement "Empereur".
Le second ne s'appelle pas, mais pour plus de clarté, on le nommera Georges, du moins jusqu'au milieu de l'acte III.
SCÈNE I
Albert marche dans la rue de cet air dégagé qui fait la plupart des imbéciles. Arrêt. On lui demande de l'argent, c'est pour les. Il refuse d'un air inquiet, reprend sa marche, pas pressé, inquiet, inquiet. Il refuse de nouveau, mais pour la bonne cause, un peu plus loin, sur l'autre trottoir, mais pour lui-même. Se cache la tête à deux mains. Ne pense plus qu'à elle. Sans doute pour cela qu'il a refusé. Je l'aime se dit-il, et tente de se rappeler son nom. L'image de son visage lui revient enfin, mais il s'agit de Florence. Si elle me demande où j'étais, je répondrai "aux Bahamas".
- Où étais-tu?
- Aux Bahamas.
Sa voix fit le tour de la salle avant de l'atteindre. Elle ouvrit les yeux d'un air surpris (faussement?).
SCÈNE II
On s'observe longuement, comme à l'acte I.
Rideau.
Entering Tuchband. Elle le prend par le nez, le mène off-stage, mais l'Athlète résiste fort bien, firmly committed to his part of the set. Elle lui mord enfin l'oreille. On s'observe.
Un temps.
FUGUE - a 3 voci.
Figurant, Cendryn, Athlet, costumés identiquement d'un short court, brun, chemise légère manches courtes recouvertes d'un cardigan trop court en laine modérément épaisse, col blanc très large avec courbes généreuses.
On rapellera évidemment que les acteurs occupent encore leurs tiers de scène respectifs.
FIGURANT, de face, expose seul le sujet.
ATHLET.
CENDRYN.
FIGURANT, de face, expose le contresujet.
ATHLET.
CENDRYN, de profil, expose le sujet.
FIGURANT, fait tout autre chose.
ATHLET, de face, expose le sujet.
CENDRYN, de profil, expose le contresujet.
FIGURANT, divertit, répondant à Cendryn.
ATHLET, divertit, entame un mouvement clignotant, sans prèter attention aux deux autres.
CENDRYN, divertit, répondant au Figurant.
FIGURANT, s'est tourné de trois-quarts, contrexpose le sujet.
ATHLET, fait vraiment n'importe quoi.
CENDRYN, s'est tourné de dos, contrexpose le contresujet.
FIGURANT, à l'envers, importuné par le col qui lui masque le nez, contrexpose le contresujet.
ATHLET, ne parvient toujours pas à retrouver le fil.
CENDRYN, à son tour de trois-quarts, contrexpose le sujet.
FIGURANT, divertit, répond à Cendryn.
ATHLET, divertit, répond à Cendryn.
CENDRYN, divertit, répond aux deux autres.
FIGURANT, dans une succession précipitée de positions différentes, interrompant les autres, expose le sujet maintes fois.
ATHLET, dans une succession précipitée de positions différentes, interrompant les autres, expose le sujet maintes fois.
CENDRYN, dans une succession précipitée de positions différentes, interrompant les autres, expose le sujet maintes fois.
FIGURANT, exposant encore le sujet, ralentit jusqu'à se figer dans une des positions.
ATHLET, exposant encore le sujet, ralentit jusqu'à se figer dans une des positions.
CENDRYN, expose une derniere fois le sujet complet, mais plus lent, se fige dans la dernière position.
Un temps.
Rideau.
(À la vision de l'ensemble, force est de constater que l'audience n'a pas tout compris. On pourra donc optionellement leur distribuer le tableau suivant:)
- résumé des épisodes précédents - FIGURANT ATHLET CENDRYN EXPOSITION Sujet -- -- Contresujet -- Sujet Divers Sujet Contresujet DIVERTISSEMENT I Ad lib. Ad lib. Ad lib. CONTREXPOSITION Sujet Divers Contresujet Contresujet Divers Sujet DIVERTISSEMENT II Ad lib. Ad lib. Ad lib. STRETTE Sujets Sujets Sujets CODA Fixe Fixe Sujet
SCÈNE
CENDRYN (avec application): Je suis sur le point de rejeter toute fiction comme inodore.
SCÈNE (Seconde variante de la Scène III)
Intérieur bourgeois.
ATHLET (Encore en sueur):
FIGURANT (S'avance au balcon, le menton en avant:):
FIGURANT (S'avance au balcon, le menton en avant:):
(etc.)
(etc.)
(Deux jours ont passé. Le figurant a poussé la barbe. Fantaisie panthéiste:)
FIGURANT (entrant vivement, posant lourdement ses Orchesterstücke sur la table): J'écoutais la Symphonie op.21 d'Anton Webern, premier mouvement Ruhig Streitend, dans la version merveilleuse de Pierre Boulez...
(Les autres n'ont pas bougé.)
Rideau.
Fin de l'Acte.
![]()
Figurant (page 12)
ACTE -- (Réexposition)
(Powered by Gluckmax Translation Systems: "♫Le Gluckmax c'est fan-tas-tic...♫").
Les acteurs déclameront à haute voix toutes les indications scéniques, y compris la présente introduction.
Three blows are not struck.
Les acteurs ont la trentaine exactement. À l'exception de l'Athlète qui est légèrement bedonnant, les autres sont pour ainsi dire quelconques.
Ils sont plutôt mauvais, jouant l'émotion avec excès, manifestement sans vision pour la cohésion de l'ensemble.
SCÈNE
Une fenètre au milieu, sans mur.
Appearing has the fenètre, costume neutral.
It looks together with the outside, deep in contemplation.
L'athlète entre par la coulisse gauche, accompagné par un ami, cheveux frisés.
L'ATHLÈTE (au figurant): Ça va?
APPEARING: Quite not. I collect money for the International Fund of the Prophets (I.P.F).
L'ATHLÈTE (il rit, se balançant d'une jambe sur l'autre): Ha, toujours cet humour.
APPEARING (your dryness): Quite yes.
Between enters Cendryn, saluted of a music very breve (its reason through the show). Costume has pea for the carnival. Appearing leans exagerately, has the fenètre, still.
L'ATHLÈTE: Salut (Il l'embrasse bruyamment). J'ai préparé une histoire, pour te raconter/divertir (Il se met en position, attend le silence. Regard exigeant en coin vers l'audience alors qu'on tousse. Le figurant se penche plus avant). Il y a trois ans (environ) nous n'étions plus des hommes. (Il mime les dinosaures). Trois soleils descendaient d'un mouvement fragile dans nos ciels (ses mains descendent par paliers) pour s'enfler (il gonfle voix et poitrine) et grossir (s'interrompt subitement), mais nous étions accomplis! (Il rit avec effusion. Son ami rit aussi en se cachant sous ses cheveux. Applaudissement poli du public).
Un temps.
L'ATHLÈTE (à Cendryn): Vas-tu rire?
CENDRYN (inattentive): Forgiveness?
A time.
L'ATHLÈTE: As-tu aimé?
Un temps.
CENDRYN: I said: Forgiveness.
A time.
L'ATHLÈTE: Je... (Large sourire)
Un temps.
L'ATHLÈTE: Tu...
Un temps.
L'ATHLÈTE (cherchant une sortie honorable): ... ne comprends pas l'Anglais... (Il sort suivi de son ami qui se retourne plusieurs fois).
Un temps.
THE APPEAR (unwinding its feet with sorrow): Cendryn, hear... hear then...
It did not hear.
The APPEAR (hardly more extremely, but tenderly): Come, listen then... Cendryn?
CENDRYN (which up to now was holding rigorously, like a statue): You say?
The APPEAR (even more embarassed): Here, listen then, the fenètre, it...
CENDRYN: Where then?
APPEARING: With the fenètre.
All two lean. One sees nothing any more but their buttocks, pea and stripes.
CENDRYN: Yes, I hear (A time). It is not badly. Modern... But not badly...
APPEARING (more extremely, with emphase): It is my music. (Repeats with effect, emphatic gesture horizontally:) My music. (A time. Feeling slightly ridiculous). What do thou think of the here athlete-man?
CENDRYN: No large thing really.
APPEARING (smelling itself better): I however believed that you would like it. I did it for you...
CENDRYN: I like it. Among other things. And you. (A time.) Or are you?
APPEARING (relieves itself, that is until it waited): It is it has to say... My problem is that...
CENDRYN (interrupting rudely): I leave in a slide, now. (It leaves with haste, after having taken high-heels off).
The Appear has the air slightly timbered. It spans the fenètre, is turned over towards the public, scans the neighbourhoods as if afraid to be seen, falls back but isn't hurt, is despondent, all in quick succession.
Curtain.
SCÈNE.
Même décor.
The Appear still has the fenètre, this time disguise super-hero, mask and wraps noisy.
Tuchband, costume joli pour le carnaval, petite robe en cloche.
TUCHBAND: Tu es devenu beau.
APPEARING: Isn't this? Yes, is it not, I smell myself extremely.
TUCHBAND: Mais oui. Fort. J'y crois. Ou pourquoi.
FIGURANT (lowering the eyes on its costume): Not me. It is perhaps make no sense.
TUCHBAND: Il faut y croire pourtant.
APPEARING: I pose for Wonder Man. Ridiculous!
TUCHBAND: Ça suffit.
Un temps.
APPEARING (not knowing what to say): I have finally the decider Mary (of the).
TUCHBAND: Tiens donc.
APPEARING (playing the hilarious game, although in a worried tone): It would not refuse, isn't it very of same?
TUCHBAND: Et si je refuse?
APPEARING: I would be locked up half an hour in prison (approximate). Nothing of such as the cell to drown an unhappy love affair...
TUCHBAND: Belle image.
APPEARING: Thank you, it is not ego. (It seeks whereby comes the quotation).
TUCHBAND: Et ce sera comment?
APPEARING: Forgiveness? (Finding the wire): It is simple. It will be the tyrant, I will be the people which acclaim. It will be the dictator, me the subjected masses, the poor, the... them... bastard... etc. It is good, this is not?
TUCHBAND: Belle image. Ou pourquoi.
APPEARING: Not ego either.
Elle rit. It flatters.
CENDRYN (who was not in the scene to this point): It flatters easily, one must say.
L'Athlète revient, flanqué encore de son ami, qui cette fois a la tete rasée. On s'observe longuement.
Rideau.
SCÈNE
Naked. There is no window.
The night has fallen, but it's still very bright.
APPEARING: Veiled, Cendryn. I always do not include/understand what you tell me. But this time it is necessary to speak oneself, one must.
CENDRYN: Hold? You said not to know so to speak. You said.
APPEARING: Today, I know...(A time, heavy). Listen. I have the impression of a treason. Here, elsewhere, I wanted to be only. Only, the single one, the large one, ha... But all that I said, one already said it to you, it does not have there so a long time. Thus so excuse me... (not so very sure of himself) Excuse me... (A time).
APPEARING: This night, I am playing this scene in my head, for a long time. I realized I messed up the previous scene, I'd like to have it back. It is that you had the face, how to say, horrified. But now, I do not find my words, and you are calm. (lower) Seemingly. (A time. He jerks, more extremely): Or you are. I must speak to you. (It sees it is only imperfectly. Gesture unorderly.). I am one disguise. It is true. I am disguise, I am disguise still maintaining, no matter what. Me even do not know what there could be under the mask. Veil! (Increasingly agitated:) I am a... I am a... I am a Truc! Or some other such like thing. (It is lengthening-piece back with the wall, now motionless. The light is colored. What?). What I did, I believed that nobody had done it before me. I am Only. You see, I am caught for God. I am guilty.
Entrent Ottoz et Bertil, en costumes de foire.
APPEARING (sulky person, upset to be stopped in such inspiration): Veil! What with these people?
CENDRYN (full with anticipation): Keep silent yourself. They are for the spectacle.
A time.
APPEARING: You do not remember?
CENDRYN: What thus?
APPEARING: What did I say to you?
CENDRYN: You have request to me which have been those people.
APPEARING: Veil! (With despair, hand gesture drama to the forehead.) She doesn't remember.
CENDRYN: They are for the spectacle.
APPEARING: This is annoying.
CENDRYN: Believe me, I know.
Interruption. They applaud Ottoz and Bertil which have just succeeded a pyramid has two.
Entrent Tuchband et l'Athlète. Ils trouvent rapidement leur marque sur la scène, puis s'embrassent bruyamment.
APPEARING (hiding behind Cendryn's behind): Hide me quickly. I do not want that they see me. It will believe me stupid.
CENDRYN: Jealous?
A time.
APPEARING: Yes, veil, jealous! Athlete man is a pig. All athletes are pigs. There are only women worthy of the human race. (A time. Forgetting the presence of the couple). You know, you and me, we are of a higher race. Hardly human, I mean. Veiled, we hold the destinies between our hands. Me, mine, you...
CENDRYN (with force): Keep silent yourself!
APPEARING (of a tone nearly cute, dreamy): In the full content, I am stronger than this athlete man imbecile. I have a secret garden, me, which I do not open until my imagination has. I would like that Tuchband knew me. I know what I could offer to it.
CENDRYN: Ah? And where there are you in it your garden thing?
The Appear lowers the head.
Entre le commandeur.
LE COMMANDEUR (proclamant, à la salle): Excusez-moi. Je dois interrompre le spectacle. Il faut me couper les cheveux. (Se tournant vers Ottoz et Bertil). Ottoz! Bertil! (Il ne parvient pas à claquer des doigts, finit par taper du pied et claquer la langue, produisant un bruit ploumide et mouillé).
OTTOZ, BERTIL: Herr Hauptmann!
Ils installent le commandeur sur une chaise de coiffeur, lui passent une serviette autour du cou.
LE COMMANDEUR (étouffant): Trop serré! (ils relâchent) Mieux... (voix lente, les caressant) Là, là, c'est bien...
TUCHBAND (se défait de l'étreinte de l'athlète, s'addresse au figurant, absente): Ou pourquoi. (Un temps). Menton est une ville sur la côte. (Un temps). Ou pourquoi. (Un temps).
The appear makes a fish jump, much that of a salmon. Awkward silence.
Tuchband retourne aux bras de l'athlète.
Long silence.
L'ATHLÈTE (se dégageant à son tour): Écoutez, écoutez tous! (il lève les bras, comme addressant un auditoire) Puisqu'il n'y a plus de spectacle, je serais, moi, moi, le spectacle!
Le commandeur approuve de la tête, mais Ottoz et Bertil le maintiennent immobile.
TUCHBAND (ton neutre, le cur n'y est pas): Oh Oui. Oui oui. Oh.
LE COMMANDEUR (Voix traînante, repoussant doucement Ottoz et Bertil): Allez-y, jeune homme, faites, faites. Au moins, comme ça, vous n'embrasserez plus avec ces bruits si humides. Pah! (À Ottoz et Bertil qui ont maintenant sorti le shampooing, mousse surabondante). Calmez donc, vous autres. Gentil, gentil...
OTTOZ, BERTIL: Jawohl!
L'Athlète prend fermement pied, occupant le milieu de scène. Il attend le silence complet, le nez levé, regard exigeant au public, comme précédemment. Attention soutenue du Commandeur.
The APPEAR (To Cendryn, in his lowest voice): You know, at night, I fancy of it, I am close to it, so close to it, to it, (swallows, finally), it is together with ego, veil, veil, all is beautiful, again, I feel against it, it (A time). It shows to me of very same evil as is with it.
CENDRYN: Veil! Well on! I know...
THE APPEAR: It is good to say to you. It was necessary for that, to me at least, one is, how to say, a witness, a historical trace. It is that I want nothing to lose some, especially. Veil! Veil!
TUCHBAND: Taisez-vous, il serait temps. (Le commandeur approuve de la tête).
L'Athlète les remercie du regard.
Pendant que le rideau tombe, on le voit mimant un chasseur à l'affut. Le Commandeur ne perd pas un de ses gestes.
Rideau.
SCÈNE
L'action se déroule à Venise. Il y a 28 bateaux, un pilotis avec une ligne torsadée affleure de l'eau. Plus loin l'intérieur d'une auberge, surchargée de meubles, au point où on ne s'entend plus. Large foule sur scène, tous rigoureusement immobiles, figés dans l'action.
OTTOZ, BERTIL (cèdant à la panique): On a perdu le Commandeur. On a perdu le Commandeur. (Ils sautent sur place trois fois, en rythme.)
LE COMMANDEUR (gras, trop éclairé, dans la salle): Je suis pourtant bien là...
OTTOZ, BERTIL (de même): Le Commandeur! Personne n'a donc vu le commandeur? (Ils sautent sur place deux fois, en rythme.)
LE COMMANDEUR: Puisque je suis disparu, autant en accepter le jeu. (Il déploie un parapluie, qui ne lui masque qu'imparfaitement le ventre). Plaisant... (Large sourire satisfait. La lumière le quitte.).
The Appear leans over excessively on the armoire à glace. He is playing tired with a strongness affectation, not credible. The armoire steps away.
L'ATHLÈTE (lui tapant amicalement le dos): On le retrouvera, le Commandeur. Moi j'irais jusqu'au bout du monde moi.
The APPEAR (laughing, balances itself on the leg of the other, in awkward imitation of the athlete): I of insane! I of insane!
He lowers itself on a pouf in the shape of droppings. Everyone leaves the scene quickly, taking along the pieces of furniture to the slide. There remains nothing any more but the Appear, lit so much that one could not distinguish its features. Tuchband entre en scène.
APPEARING (to smile exagerated): Veil, appear yourself: That I come now from dreaming of you. I was on in an inn in on Venice. There was world, there was. Italian. Sudden, somebody announces that you've disappeared. It makes well laugh the athlete man (well). It says: "Veil, It left downtown, it was lost." But me, me, me, it gives me sorrow, grief. I decide thus to leave, has your research. I run in Venice by shouting your name, at the top of my lungs. A long time passes. Finally I find you. Your ass cries. But you are happy to see me, although calling the other one beloved. Veiled. Veiled. Fuck.
TUCHBAND: Très gentil. Très joli.
APPEARING: Thank you, but they are not... (It is restrained in time. A time.) Since you are it it is necessary that I speak to you.
TUCHBAND: Tu me parles maintenant. Ou pourquoi.
APPEARING: Yes, but it is not of the most satisfactory.
TUCHBAND: Alors viens, suis moi (Elle a des cheveux noirs).
Ils vont s'asseoir en fond de scène, côte-à-côte.
Silence.
APPEARING (does not know by or where how to start): You undoubtedly have taken notices of my sinistrality. I am strange, perhaps ridiculous. It can crush, especially in front of you. I am afraid of you, I cannot speak you. Fuck you.
TUCHBAND: Tu me parles maintenant. Ou pourquoi.
APPEARING: Sure, but it is not satisfactory.
TUCHBAND: Alors viens, suis moi (Elle a des cheveux noirs).
Ils vont s'assoir en fond de scène, cette fois à l'opposé du péristyle, côte-à-côte. La voûte romane les a suivis.
APPEARING: I am same afraid that you me in many ways. This hasn't helped. (It awaits a reaction which does not come).
APPEARING: I have a secrecy for you. I would like to entrust to you what I did, you only has, like a gift. I cannot keep that for me any more.
It looks at it, undresses her, is repaired.
Rideau.
ENTERTAINMENT.
La scène est vide. Au choix du metteur en scène, on pourra rappeler ici la structure en triptyque de l'acte central.
APPEARING (The arms in cross, widespread, upright in the medium of a light triangular structure. Your neutral and monocorde. It recites an ode has the ground, hardly understandable [with the free choice of the actor]).
ATHLÈTE (recroquevillé sur lui-même. Ton exagérément dramatique): Les Chants de la Terre. (Un temps. Il réfléchit). Musique d'Igor Stravinsky. (Un temps. Réfléchit encore): Fiodorovitch...
Un figurant traverse la scène à petits pas.
L'ATHLÈTE (même jeu): Ils étaient trois. Ils étaient nus. Ils ont vu l'assemblée de loin. Ils entendaient même la voix du prètre, réverbérée au micro, mais sans comprendre. Ils se sont approchés, en courant. Leur nudité aveuglait les fidèles. (Il entame une danse lente, les jambes fléchies, sortant bien les couilles). Ils couraient et frappaient au hasard dans la foule. Ils étaient libres. Mais la foule commençait à y prendre goût, femmes et enfants surtout. Le prètre lui-même s'amusait, et marmonnait ses louanges au micro, ponctuées du son angélique de la harpe. Ils étaient nus, entourés de haine. On s'amusa à les asperger d'eau bénite. Cela avança jusqu'à tard dans la soirée, avant qu'on ne se lasse.
Long Silence.
Une fanfare entre. Pantalons rayés, pas cadencé.
SPEAKER (en habit de majorette): Tout se mit à aller trop vite. Ils s'agitent, tout bouge, ils sont seuls, tous. (Les membres de la fanfare abandonnent leurs instruments et vont se placer en fond de scène, dos au public, bien droits, mains croisées derrière le dos). Les choses vont trop vite, sans qu'ils puissent rien contrôler, ils errent sans jamais se voir, se perdent, se retrouvent, se foutent.
VOIX EN COULISSE (trop articulée): Belle image.
Le Speaker, vexé, se place aussi en fond de scène, dos au public, mains croisées derrière le dos.
La lumière baisse.
Rideau.
SCÈNE
Fenètre au milieu, sans mur autour, comme précédemment.
Entre Tuchband2, longs cheveux, même costume exact que Tuchband, mais elle n'a pas toutes ses mains.
TUCHBAND2 (longs cheveux): Je te salue.
APPEARING (The face painted in orange/blue): I will greet you as well. (Smiles:) Veil...
A time. The Appear leans again, with an interest badly pretends.
TUCHBAND2 (cheveux plus longs): L'année dernière, tu me fis écouter ta musique dans la cour, ici, à travers cette fenètre. Et maintenant, qu'en est-il?
APPEARING (not finding well its replique): The orchestra, musicians, in fact, parties.
TUCHBAND2: Et les dessins que tu m'avais dédicacés?
APPEARING (obviously leering at her breast): You thus has them still?
TUCHBAND2: Évidemment.
Un temps.
APPEARING (turning to it for the premiere time): I do not see there any more interest. That I do not make any more.
TUCHBAND2 (remettant son chapeau): Pourtant, j'aimais cela. Seulement, je n'ai jamais vraiment eu l'occasion de te connaître.
APPEARING (exagerately impassioned): There never was the occasion to know me, it is my force! (It spits, then car the language. Low.) Only veiled: I weary myself...
TUCHBAND2 (sentencieuse): C'est compréhensible.
Entrent Tuchband et Athlète.
L'ATHLÈTE (plein d'entrain): Nous allons vous interpréter une chanson!
TUCHBAND: Bébé, pas maintenant.
APPEARING (consternation): It calls Athlete-man Baby!
L'ATHLÈTE (les ignorant, chante à tue-tête, esquissant une bourrée approximative. On marquera fortement la premiere lettre de chaque verset):
Monjour ma Cousine,
Yonjour ma Cousine,
Cn m'a dit que vous m'aimiez,
Hst-ce bien la vérité?
TUCHBAND (reprenant, entrainée comme malgré elle, imite la même danse):
Ke ne m'en soucie guère,
Ie ne m'en soucie guère,
Nassez par ici et moi par là...
L'ATHLÈTE, TUCHBAND (bien ensemble):
Eu revoir ma cousine,
Et on s'en va...
Ils saluent.
Silence.
L'ATHLÈTE (signes de tristesse, pour la première fois): Vous avez aimé?
APPEARING (Austrian accent): Sehr gut.
L'ATHLÈTE: Pardon?
APPEARING (much more extremely): Sehr Gut. Veil.
L'ATHLÈTE (encore plus triste): Ne criez pas, voyons.
Un temps.
L'ATHLÈTE (au figurant): Parlez, enfin, quoi, dites quelque chose.
APPEARING (haughty): Us?
L'ATHLÈTE (soudainement déchainé): Tu es un monstre d'orgueil. Profondément, tu te crois supérieur à nous tous!
APPEARING (enough on him): Really?
Un temps. L'athlète se calme, semble abbatu, while the Appear loses of his insurance.
APPEARING (daring, timidly, Tuchband has): What do you thus make together?
TUCHBAND: Nous nous distrayons. Ou.
L'ATHLÈTE (Sa tristesse l'a quitté. Très animé): C'est que nous préparons une pièce, une sombre histoire, humoristique néanmoins, dans laquelle je jouerais le meurtrier, etc. J'y serais figuré en caleçon, j'en ai pratiqué le squat et le bench press. (On rit de bon cur).
L'Athlète sort bruyamment, gloussant encore, suivi de Tuchband.
TUCHBAND2: Qui est cette femme?
APPEARING (ashamed): I do not know. It is the premiere time that I see it.
TUCHBAND2 (songeuse): Elle me ressemble, dans un sens. C'est agaçant.
APPEARING (citing from memory): "Ich bin ein Kartoffel".
Curtain.
SCÈNE - ("Prince de Bois")
La fête envahit la scène.
Musique grossière, violente, discordante (idéalement, les scènes de foule parisiennes du troisième acte de Lulu).
Danses.
Éclairage violent, cru. Lumière blanche et sèche.
The Appear enters.
APPEARING (blind man initially by the light): Veil?
TUCHBAND: On danse.
APPEARING (awkward, does not dare however not to refuse): Yes... I do not know...
Ils dansent. Gestes lourds et maladroits. Le figurant n'ose pas. Ils s'interrompent.
APPEARING: It is that I badly smell myself, for some time, like if... Excuse me. Another time perhaps?
It is placed against the wall in bottom of scene, the stiff body.
Changement de lumière, bien plus contrastée. La scène se déroule soudainement au ralenti. Les acteurs, dansant toujours, bougent avec une excessive lenteur. La musique a fait place à l'introduction du Prince de Bois de Bela Bartok. Un temps long.
CENDRYN (in slo-mo, joins the Appear): Relax, amuse, fun for once. You must forget. You will not be judged I am told. (She sticks her finger out).
APPEARING: Veiled cannot.
CENDRYN: I understand. I think. But please try again. Please try again.
The Appear strolls length into broad, of any evidence still badly has ease. He moves finally towards the door.
JEUNE FILLE (au figurant): Tu ne vas tout de même pas partir maintenant, ce serait impensable, inconcevable, impensable, amuse-toi! (Elle l'invite de la main).
APPEARING (coming loose): I will only make a turn.
It leaves. It outside is followed. The Athlete also left, the Appear slows down to let himself join. He cries with overflowing.
L'ATHLÈTE (tape amical): Ça ne va vraiment donc pas?
APPEARING: It is horrible. I smelled myself so badly... This world... (It sobs more extremely still, does not arrive any more has to speak)..
L'ATHLÈTE (même jeu): Il faut que tu ailles voir ces gens, sortes de ta honte. Je suis sûr qu'ils t'apprécient au fond.
THE APPEAR: Veil, I cannot. (It is again stopped by its tears. It tries to be contained.) I will not arrive there. (It cries again, embarassingly loudly.)
L'Athlète sort un mouchoir, puis se mouche bruyamment à sa place.
L'ATHLÈTE: Je comprends ce que tu ressens. Moi même je ne suis pas à mon aise. (Monocorde, rythmé et détachant les syllabes, Sprechgesang:) C'est simple, j'ai deux buts dans la vie environ. Avant tout faire ce qu'il me plaît, être libre libre, m'exprimer par le spectacle, spectacle l'art. Ensuite, plus important encore, aimer, être aimé. En tout cas jamais seul, jamais. Tant que mon uvre ne sera pas realisée je ne saurais trouver le repos. Pourvu que je puisse vivre. Vivre. Vivre enfin. Car là, je survis à peine. J'attends. Attendre. Je suis près de la mort, plus que tu ne crois. Je l'ai tentée deux fois. J'y songe encore. C'est réconfortant. Mais si seulement je pouvais vivre. Oui, ma vie n'est qu'une attente. Attendre dans le vide. Attendre encore, être patient, tenir. Et un jour, tout sera beau, de nouveau, tout sera beau. Beau beau beau. Oh.
Pauses. The appear is surprised.
L'ATHLÈTE (presqu'implorant): C'est que.... C'est sérieux.
THE APPEAR: I wonder whether you are it.
L'ATHLÈTE: Pardon?
THE APPEAR: Earnest...
L'ATHLÈTE: Si je m'appelle Ernest?
THE APPEAR (irritated at the pun): Veil! (A time.)
L'ATHLÈTE (changement de ton): Ne parlons plus de ça. Tuchband refuse de me voir et j'étais faible, voilà tout. Nous sommes officiellement en break. C'est exactement ça: J'étais faible. Je ne sais plus ce que je dis. J'ai besoin de bébé.
THE APPEAR (consternation): Veil! It calls it baby again! (A time. Calmer:) I keep silent myself gladly. Veiled...
Curtain
SCÈNE
APPEARING: Every night, they talk women. They detail her veil or her, is she fuck-able is or not, and more. Even with you, they've talked, Veil! I was hurt...
CENDRYN: Why speak of this? This man concern, not ego mine.
APPEARING: I would so like that you see that I am not of them. (A time). But it could be of the ridiculous, I see that.
CENDRYN: Well, not quite. I was just asking you to shut up. All due respect.
APPEARING: To think that you, veil, you, are amongst the pigs, they, veil, thinkst of you as object.
CENDRYN: This is where you take things too far.
APPEARING: Veil! Veil! You do not amongst them, the pigs?
CENDRYN: Well, yes, of course. I didn't quite mean that. I meant, that they take me for granted. I am human am I.
APPEARING: That could be. But I can't help considering.
L'Athlète entre, déguisé en docteur.
L'ATHLÈTE: Bonjour mes enfants, bonjour mes cousins germains. J'ai peu de temps, le devoir m'appelle. (Moins fort:) Entre nous, une maladie terrible sévit dans la région, moi je m'y attaque, car je n'ai pas peur. (Avec emphase:) Pas peur... (Plus fort, se balançant d'une jambe sur l'autre:) Faites attention, les enfants. Ne prenez pas froid. La maladie est là, grave. Elle vous guette. Elle vous prendra. Et moi, que deviendrai-je quand tout le monde sera parti? Moi, j'irai fleurir vos tombes. (Il sort une fleur de sa poche.) Une fleur, Tuchband? Allez, danse, danse avec moi, cette dernière valse, oui, la dernière, je promets (Il mime la valse, avec un élégance surprenante). Mais je vois que le temps passe et les gens meurent. Excusez mon départ. Ravi d'avoir séjourné parmi vous. (Il les salue en se penchant exagérément en avant, puis sort).
CENDRYN: It tried to be drole?
APPEARING: I believe.
CENDRYN (thoughtful): The poor one...
APPEARING (following an obsession with birds): Say, Tuchband, veil. They call it Toucan for its large nose, supposedly. But would they sleep with it, for God if it were in the bathroom, they would not touch the bed? How may it, veil, it, fall into their claws, so to speak? It is, that is hurts me, veil! (A time.) Would you find her ugly?
CENDRYN: Of course not. She has long curly dark hair. I can see where that touches you.
Silence. They do not have anything any more has to be said.
APPEARING: There it comes. I would prefer to leave precipitously (He exits.).
Entre Tuchband.
CENDRYN: I've heard: You're leaving the Athlete-man.
TUCHBAND: Exact.
CENDRYN: I really do thing that he's miserable. It may not be apparent. That's his way though, don't let it fool you.
TUCHBAND: Ça ne se voit que trop. En tout cas, ça ne pouvait plus durer. Il me considerait comme un objet. Son objet. Et il me montrait à tous. Il se vantait. Il voulait bien que nous soyons vus, pour son orgueil. Il se fout de ce que je suis. (Un temps). Ou pourquoi.
CENDRYN: Maybe I understand. Veiled, it's just that I couldn't be so sure.
Curtain.
SCÈNE
The Appear walks of length into broad, arm cross, head down. Its steps clamor.
L'Athlète entre, tenant deux femmes par les hanches. Il est maquillé.
L'ATHLÈTE (au figurant): J'ai un message confidentiel pour toi. (À la femme à sa droite:) Tu es belle (Il l'embrasse bruyamment. Au figurant:) N'est-ce pas mademoiselle?
THE APPEAR: Oh, you know, me I of insane. (It lights a cigar) .
L'ATHLÈTE (à la femme de gauche): Et elle. On la croirait remplie de sable. (Il l'embrasse bruyamment.)
APPEARING: Oh, me, you know, I of insane. (It contemplates its cigar thoroughly).
L'ATHLÈTE: Aujourd'hui, nous étions heureux. Moi en tout cas. (Un temps). Et elles aussi. (Un temps. Il sort un miroir de sa poche, se contemple). C'était satisfaisant. Vraiment satisfaisant. (Un temps. Au figurant:) Oui, je sais, toi, tu t'en fous.
APPEARING: I wasn't saying anything.
A time.
L'ATHLÈTE: J'ai parlé de toi à Cendryn.
APPEARING: What did it say?
L'ATHLÈTE (le faisant sursauter): Ha! Tu ne t'en fous pas! Ha!
APPEARING: Excuse. Stronger than myself, or I ever will be.
L'ATHLÈTE: C'est une imbécile.
APPEARING (spade with sharp): Ah, çà, not! Fuck up the ass of Athlete Man! Unpleasant! Bouh! Bad Athlete Man! (Loses language completely, overcome with ire.) Veil!
L'Athlète sort, entraînant les deux femmes. Appearing talks to oneself, large gestures, it seems as if it would take on the development section, but is halted, unable to remember all, unsuccessful to convincingly portray the others.
Cendryn enters (between).
CENDRYN (amused): You only speak to thyself?
APPEARING: Veil yes. It spends time.
CENDRYN: It spends without, if I may.
It outlines a gesture towards it, finally does not say a thing, is apparent that it desires sexually after all.
Curtain.
[On notera la suppression complète dans la réexposition des scènes impliquant le personnage de Kugel, au profit des deux scènes suivantes, de facture supérieure.]
SCÈNE
Pas de décor.
ATHLET (à Tuchband, lisant à moitié d'une liasse de papiers): Chère Tuchband. Ô toi amie éternelle, tu es comment dire mon amie éternelle. Je pense à toi fréquemment. Ton amitié m'est le bien le plus cher. Ô Tuchband, ô reine, ô combien suis-je indigne de ta précieuse estime. J'en appelle à toi ton témoignage éternel, que toi, toi au moins, toi tu saches que je suis. Mon amie Amie amie.
(Un temps. Aucune réaction.)
ATHLET (même jeu, voix plus mélodieuse:): Très chère Tuchband, de la part de ton infini dévoué serviteur. (Sourire satisfait:) Je signerai comme cela à l'avenir. (Un temps. Aucune réaction.) Je t'écris... pour te demander devenir ma femme, (gros yeux, avec emphase), ni plus ni moins. Autrement dit: Veux-tu être ma femme? Oh bien sûr tu ne devras pas répondre tout de suite, car je sais que tu dois être étonnée, ou suprise, ou étonnée, comment dire. Ce n'est pas tous les jours qu'on est demandée en mariage, et surtout pas par moi encore. Il n'en demeure pas moins que je te demande de m'épouser. Ai-je espoir?
(Un temps. Aucune réaction.)
ATHLET (même jeu, mais moins fort): Je te demande en mariage mais sache ceci je n'ai rien à dire, rien sur rien. Ha!
(Un temps. Aucune réaction.)
ATHLET (même jeu, reprenant son discours): Chère Tuchband, je n'ose pas te dire que pendant ce dernier acte j'ai tout essayé pour trouver un moyen de te demander en mariage, sans t'offenser, naturellement. (Pause.) Mais si c'est vrai!
TUCHBAND (Se réveillant juste): Mais c'est pas difficile quoi merde. Çà me gène plutôt que çà m'offense. C'est vrai que c'est délicat, ces choses-là. Ou pourquoi. Mais tu as choisi exprès un sujet exprès.
ATHLET (encouragé, reprenant aussitôt les meilleurs moments, pour que rien ne soit perdu): Oh bien sûr, tu es suprise, ou étonnée, ou embarassée, ou etonnée, ou surprise. (Un temps. Cherche la bonne feuille.) Et c'est normal. Ce n'est pas tous les jours qu'on est demandée en mariage, et surtout par moi encore. Il n'en demeure pas moins que je te demande veux-tu être ma femme. (Un temps). À ce propos, je m'appelle maintenant Giacomo, ce nom m'indispose toutefois au plus haut, j'en cesse l'utilisation de ce pas. (Un temps). Mon frère se nomme néanmoins Giovanni. (Il est satisfait de ce bon mot).
TUCHBAND: Ou pourquoi. Je t'épouse. Mais oû irons-nous tous deux perdus parmi mille dans ce monde absurde? Ou pourquoi.
ATHLET (reculant pour le coup): Tout cela n'est pas bien sérieux. Je veux dire il est évident que tu ne me croirais pas un seul instant. Sinon tu refuserais, et résolument. Mais qui te dit, à titre d'exemple, qui te dit que je ne t'ai pas ecrit pendant tout l'acte deux une bonne demie-centaine de lettres environ, dont la plupart auraient fini à la poubelle? Allez savoir. (Il place les mains sur les hanches pour étayer son argumentation, montre les couilles, bien en avant.)
TUCHBAND: Écoute, pourquoi dirais-tu cela? Tu me fais des mystères maintenant, à moi? Moi je suis une petite, moi je suis une petite, je suis une petite poubelle. Mais non. Ou pourquoi.
ATHLET: Des mystères des mystères c'est pas des mystères. En tout cas un conseil: Refuse! Refuse, sinon on se retouvera dans la merde, à ne plus savoir trop quoi se dire. Non non non pas ça. J'aime mille fois mieux la présente situation. Nous n'avons pas la responsabilité du discours.
TUCHBAND: Je vois ton point de vue. J'approuve. Ou pourquoi.
ATHLET: Mais non.
Elle sort sans explication.
ATHLET (qui n'a pas remarqué, lisant de nouveau dans ses papiers:): Chère Tuchband, je sais je sais je sais, nous ne sommes pas mariés,
ATHLET: Chère Tuchband,
ATHLET: Chère Tuchband, je ne pense réellement pas que
ATHLET: Chère Tuchband,
ATHLET (remarque enfin son absence, mais ne se laissant pas perturber, entame une nouvelle page:) Chère Tuchband, c'est au terme d'une demie-heure d'un silence soudain et inexpliqué que je me décide enfin à t'écrire. Je
ATHLET (Scrute brièvement les alentours, reprend:): Chère Tuchband, c'est
ATHLET: Chère Tuchband, il faut que je te dises malgré tout, ce que tu représentais pour moi comment dire.
ATHLET: Chère Tuchband, c'est venu si brusquement que tu me délaisses
ATHLET (trouvant finalement le bon papier): Chère Tuchband, aujourd'hui c'est carnaval, carnaval dont tu seras la reine. Je ne serai pas là.
Scrute une dernière fois les alentours.
ATHLET (remettant le nez dans ses papiers:) Chère Tuchband,
Rideau.
SCÈNE
Même configuration exacte que lors du développement, à savoir:
Figurant, Athlet, Cendryn, chacun confiné à son tiers de scène, séparés pas une discrète structure métallique.
Chacun est attablé a sa propre petite table, nappe blanche immaculée jusqu'au sol.
Ils mangent bruyamment, mâchant le plus souvent la bouche ouverte. Ils se regardent parfois fugitivement, puis reprennent leur mastication. On distingue nettement les muscles de leurs mâchoires en action.
Un temps se passe.
Leur mastication devient insupportable.
Un temps.
Lumière.
SCÈNE
ATHLET, APPEARING - Ils se regardent intensément, face à face se touchant presque, comme avant un match de boxe.
Long silence.
ATHLET, APPEARING - Ils s'embrassent subitement sur la bouche.
La lumière s'éteint aussitôt.
ATHLET (affectueusement): Mon petit boulou-boulou...
APPEARING (sulks).
Lumière.
ATHLET (affectueusement): Mon petit boulou-boulou...
APPEARING (sulks).
Lumière.
ATHLET (affectueusement): Mon small booloo-booloo...
APPEARING (sulks).
Rideau
SCÈNE -- (Coda)
Atmosphère de lendemain de fête. Sol jonché de débris.
Atmosphère de fin.
APPEARING (decides that finally he must speak): Veiled we were the Luxembourg. We spoke, I believe. Or perhaps, veil. In any case together for sure. Almost happy, veil, same. Me, at least. Then I find I have knees, veil, finally. You did not include/understand anything. I am all knees in sand, as nails, veils, nails, veils. A rider in armour full frantic from us above. Its lance was shining, same, but without sun. Veil! I have the holster, use it, for once. Then, no more rider, to our surprise, veiled. But all at once, I think that perhaps my gesture has was has a little ridiculous perhaps veil. Admittedly, I had concealed it. But did my movement was elegant, that it would hold, even on film, veil, film, veil? And then, especially, how, veil, how what that, veil, could it have resembled well veil, in your eyes? Moreover, you were not same any more veil veil. Veil, you were not even there. I only am nails on ground in the medium veil of statues, farted all-over of the pigeons, sadness, veil, veiled.
TUCHBAND: Ou pourquoi.
APPEARING: It is what I have dreamt this night. Veil...
TUCHBAND: Pas si mal. Ou pourquoi. Ou.
Long silence.
APPEARING (slowly): You do realize, veil, veil, that these are our last moments together?
TUCHBAND: Ou pourquoi.
APPEARING: Veil, but you will not return...
TUCHBAND: Je n'ai pas dit ça.
APPEARING (agitates): Veil! You have says to me, you have told me, you said you were bored. Veil! Did you thus mean that for me? Veil?
TUCHBAND: Je ne sais. Ou pourquoi.
APPEARING (same play): Veil! Veiled! Veil! I, I always wanted to know, veil, you must tell me, candid, tell me, veil, you thought sometimes what was of me? Could you see what I was? One will be left alone, one must know. Oh Veil!
TUCHBAND: As-tu peur.
APPEARING: Not. It is only right that I do you idolize.
TUCHBAND: Idolâtre. Ou pourquoi.
APPEARING (Sings loudly:) "Tuchband, the hope of the world. Veil! Tuchband, an Alpine Symphony. Tuchband, veil, the conclusion of Talmud... of... of it them ... it it veil them they veil veil veil... " This cannot be exageration, I do not invent things, as a matter of principle, veil! Veil! Veil!
TUCHBAND: Tu exagères. Ou pourquoi.
APPEARING: But not.
TUCHBAND: Mais si.
APPEARING: But veil. (A time.) And shit!
Pause.
APPEARING: It is the moment where one is left alone, veil?
TUCHBAND: Ou pourquoi.
APPEARING: But it will not be so similar I fear. You will leave, veil. And during a time I could not any more... I could no more... It is a long practice to think of you, one has habits of the mind.
TUCHBAND: Ou pourquoi.
APPEARING: Veil.
TUCHBAND: Ou pourquoi.
APPEARING: Veil.
TUCHBAND: Ou pourquoi.
APPEARING (his nose trembling): Thank you. Thank you. It is...
TUCHBAND: Au revoir.
APPEARING (his nose trembling): Veil...
Geste, sourire. Elle sort sans se retourner.
Appear gazes at the slide, dumbfounded. Then turning itself facing to the public, is nondescript, small hair and a tie.
Let the light decline slightly.
Between Cendryn is her entrance. Her musical reason is briefly heard, while extras make a rapid reverence.
CENDRYN: That's it?
APPEARING: Veil. (Without conviction:) It's... It's... Veil!
CENDRYN: Though you have the characteristic hilarious air.
APPEARING: It is true. It is annoying. Veil why?
CENDRYN: It is life.
A time.
CENDRYN: Us as, we, it is necessary, as one is left.
APPEARING (horrifies suddenly): Ah, Veil! (Lowering his head) Veil, I must had forget. (Even lower:) Veil.
CENDRYN: Forgets?
APPEARING: Let us say that I did not want especially to think of it.
(Silence).
CENDRYN: Then...
APPEARING (stopping it clean): Veil, you do realize that you are my confidante, isn't veil? With you, you only have, the only one, with you only is one revealed. You are the witness, veiled, the only being which can testify of my size, my forfeiture... I have all invests in you, you alone.
CENDRYN: But yes.
A time.
APPEARING: Then, veil, goodbye.
CENDRYN: Yes, goodbye.
Silence. They are scrutinized. It feels uncomfortable.
APPEARING: Do not know what to say more. Veil? (It laughs through its tears. There are no tears.)
CENDRYN (mildly angry): This is no more time to speak.
APPEARING: I wanted simply to start again, veil, a conversation, since we do not leave obviously. (A time.) Veil, it is of no importance. (Proudly:) I note: We have very same evil that has us to separate.
They still do not move.
CENDRYN: You wouldn't cry, would you, isn't this will not put themselves in?
APPEARING: But not, but not. (Weaker) But not. (Weaker still:) Veil... (It hopelessly tries to cry, without successes. It pets itself for comfort. It may fart if it can.) Veil...
CENDRYN (touching the shoulder in his direction): Go, goodbye.
APPEARING (same play): Goodbye.
Gesture, smile. It leaves slowly, is turned over, smiles still, finally remains still at the edge of the scene, barely out of the light.
APPEARING (neutral): Veil. Turn has turned... Veil...
The light goes up anew, a brand new day. Birds are briefly heard.
The ATHLETE (who has suffered through the remainder of act II, solidified in the position of a bird. It is completely naked. It is noticed that it is pink and slightly round, same if legs and arms are still muscles. Of a tone overly dramatic:) It is necessary at any price to catch up with the situation.
LE COMMANDEUR (posant sur un chariot, roulé sur scène par Ottoz et Bertil): Nous n'en avons plus le temps (affecte une pose resignée).
ATHLETE (rabid, broad gestures, its testicles are balladant): Foutez me peace with these stories of time. Time it is for the different ones. You do not have that but this one word in the mouth. Stupid mouth!
LE COMMANDEUR (au figurant, riant): Ce type est fou. Positivement.
ATHLETE (calms, excusing itself): I am exhausted I think. The heat...
LE COMMANDEUR: Il est vrai qu'il a fait chaud cette année. C'est exceptionnel. J'ai assisté à une représentation du Lac des Cygnes. En extérieur. Il faisait très chaud. J'ai transpiré. C'est exceptionnel. J'ai tout de même pleuré. Il est vrai que j'étais amoureux. (De nouveau au figurant): Que faites-vous donc là?
APPEARING (with disgust): Veiled, I wait.
LE COMMANDEUR (Amusé): Attendre? Mais il n'y a plus rien à attendre ici, jeune ami. (Il disparait). (Il reparait): Elles sont toutes parties. (Il disparait de nouveau, pour de bon).
APPEARING: Veil! You're right... (A time). Now he's gone too. Veil.
It looks at the Athlete. They are finally alone, since the end of Act I.
ATHLETE: Not front
APPEARING: Veil
ATHLETE: Finally time
A time.
APPEARING: I believed a long time
ATHLETE: You were the hero
APPEARING: Veil veil
ATHLETE: I love you
APPEARING: Not me
A time.
ATHLET: Which menagery
APPEAR: I smell myself from afar veil
ATHLET: I see you, I saw it too
APPEAR:
ATHLET: I laughed
APPEAR: I am the drole
ATHLET: No, that would be me
ATHLET: Do not know any more if it could pass to me from you
APPEAR: Me either. I like...
ATHLET:
APPEAR:
ATHLET: You are the angel of humanity
APPEAR (flatters easily): But not let us see please
ATHLET: The world is in you
APPEAR: Veil
ATHLET:
ATHLET:
APPEAR (shameful): Veil veil veil...
A time, too long, uncomfortable.
CENDRYN: And so on
APPEAR (to Cendryn): Thanks
ATHLET: Of nothing.
APPEAR: Veil
ATHLET: I start again (epic gesture of the hand).
APPEAR: My name is
APPEAR: Today I am called
ATHLET:
APPEAR (with more self importance, if it's possible): I am
ATHLET:
They are embraced, make no more but one.
ATHLET:
APPEAR:
ATHLET (having the last word):
APPEAR:
ATHLET:
APPEAR
ATHLET
APPEAR
ATHLET
ATHLET
ATHLET
Curtain.
End of Act.
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Scène (page 2)